Une sorte de journal — 01 septembre 2015

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Je ne remonte pas des eaux profondes, j'y croise ma demeure et des moments qui font cette sorte de tapis, cette mousse où nous marchions enfants et les pieds nus ; ce que nos mains oublient ne valait pas la peine ; il n'est de tristesse résistant à ce livre oublié dans le fauteuil ; quand bien même ce serait pure fiction, je persiste à y croire : sur des barques noires passaient échevelées des nostalgies.

C’est attendre la meute, c’est attendre cette île, c’est attendre des rêves dans une étrange sorte de monde ; je ne reconnais plus rien et même pas ce moi.

Une maraude, le mot résume tout et l’écriture comme la vie ; après tout s’ouvre de la tempête, un rideau de pluie sur la scène, cette lumière droite d'en-haut qu'on dirait tirée à la règle ; deux cavaliers martèlent le long du sentier qui borde la maison très encaissé, cela sonne en tonnerre, ce poids des fers et des bêtes dessus, une sonnaille venue du plus profond, presque de la terre-mère.

À repasser en mêmes lieux dans des temps séparés pour n’y croiser plus rien, cela n’a jamais existé, les visages et les mains, mes visages et mes mains ; pèlerins de l’inutile, tout le long de la route, ils vont sans savoir où malgré leurs yeux ouverts.

Je suis un minuscule maître ; dans l’oeil du bois une clairière improvisée un jet de cyclamens emprisonnés enfin je crois ; chaque phrase est une esquisse, sa propre fragilité ; en bord de rive chantait un groupe pendant qu'en face d'autres marchaient bariolés sur l'eau.

Il me faudrait mille vies pour tenir la mienne ; j’ai cru qu’il s’agissait d’une meute encore mais c’était sur les feuilles un aboiement de pluie, une mitraille amoncelée au couvert de l’été ; dans cette foule toi dedans imaginé de toutes parts — la ligne laissée par le soleil jadis que je suis presque seul à voir ; ce n’est pas le silence mais presque.

Je ne sais pas vers où ça ouvre mais c’est ailleurs ; humus — la terre ; c’était juste prendre la mer en regardant une île s’éloigner dans ce qui finissait par s’effacer trouble et léger mais indolore pas ; je crois que c'est ma toute première image.

Je n’ai pas plus de patience que le vent — eux sont toujours à même orée nul ne sait ce qu’ils espèrent là ; j’ai beau aller d’un pas qui se veut sûr cela ne retombe pas ; est-ce donc cela que de croiser la nuit qui vient ?

C’est se chercher en fait dans les allées d’un parc quand ce que l’on découvre est celui qu’on était, c'est le bruit de la porte, et derrière tout cela, juste le bruit d'une porte qui vient de se fermer ; les jours-chiffons s'effilochant quand nous faisons matières de romans ; du bois je ne vois rien que son bord sans coutures, une robe parfaite et verte, pli contre pli toujours.

Toi passant là qui sait combien de voiles, ce qu’elles portent dans l’ailleurs, je ne te dirai rien, j'allume seulement une lampe ; à mesure du chemin nous serpentions vers un amont de ronces et de fruits noirs ; c’était dire tout l'inverse pour ne pas retenir ce qu’on perdait, le temps, une jeunesse, ces éclats et rubis.

Allant venant cette marée et plein dessous les roches noires, cette sorte tendue à plein — à chaque jour suffit sa peine ; tenir la note, et lui juste dans cette aisance de couteau ; j'ai souvenir d’avoir écrit des textes dont je n’ai nul souvenir qui tout dessous demeurent momies ; tu n'as aucune idée de ma fébrilité et tu n'en sauras jamais rien.

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