Une sorte de journal — 2019

Onglets principaux

S'il y a le ciel il est violet et pleut ; je ne sais que lire dans ce que tu m'écris — prendre de la distance ; trois rouge-gorges s'affairent déjà dans la maison de bois.

Cette longue fatigue — marcher dans un grand gel ; par la traverse arrive une aube incontrôlable, un feu ; je ne crois nul oiseau.

Un homme aux charnières de mots — la poésie a son visage au moins ; ce n'est pas alchimie, c'est le travail patient, ingrat, de l'artisan ; on reconnaît les Simples à ce qu'ils taisent.
 

Antoine Emaz, in memoriam

Ce printemps éternel — compter ses jours ; il faut longtemps imaginer et partir loin ; pourquoi écrire encore ?

Un enfant du soleil, dixit cette vieille dame, et elle parlait de moi — je sème des graines vides.

L'essoufflement dès marée haute ; ton rocher dans les arbres, immaculé.

J'ai marché sur une plage et j'étais le premier ; cet océan emportant ton écume — une vague d'infini ; quatre galets sur ma table, puis toi.

Atteindre à l'arête du jour ; une récolte de rien ; tu es toujours dans cette langue que personne ne parle — je suis à construire le mur de demain.

Une maison d'araignées ; la sente avale toutes les mûres — il reste une source là-bas ; avec la distance, son sol.

J'oublie d'écrire en écrivant ; depuis hier passent des colonnes invisibles et bruyantes ; c'est brasser toute une vie — ce rien qui fait histoire.

Pour entrer au village tourne le dos à l'océan, sa constance rageuse ; la guilde des moineaux glanant tout avant l'aube — le plus petit est le plus grand ; si loin je me rapproche.

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