Révision de Lieux #28 du lun, 12/23/2013 - 16:27

C'est toujours même chose à chaque fois : le pays traversé finit par s'évanouir dans sa propre distance, les premiers jours passent dans le tourbillon qui les tient droits, on avance lentement dans le livre qu'on a emporté en se disant qu'il ne ferait pas une demi-journée et voilà qu'on a à peine passé les premières pages alors qu'une semaine déjà s'est effondrée mais tout s'explique, il est d'un ennuyeux aussi, on reste donc là vacant imaginant couché dessus le lit où on s'est refugié en prétextant une sieste qu'on ne fait pas, on regarde sur le mur qu'ils recouvrent avec une grande indifférence les livres, encyclopédies, guides divers jamais ouverts et qu'on n'ouvrira pas, encyclopédies, guides, on se dit que rien n'attendait ici la langue mais qu'elle est venue quand même, forçant la porte et s'installant telle un soudard en plein pillage s'invite à la table, bouscule les assiettes des convives médusés, emplit et vide son verre tant vite qu'il lui coule au menton du vin qu'il essuiera d'une manche distraite, occupé qu'il est maintenant à dévorer la cuisse du poulet décrochée d'une main sale sur laquelle on se demande si les taches ne sont pas du sang, cela exactement, la langue comme un soudard ne prêtant attention à rien et prenant toute la place du matin jusqu'au soir et même la nuit

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