Révision de Lieux #23 du ven, 12/06/2013 - 21:09

De fleuve il n'y a pas ici et d'océan pas plus ou loin tellement que personne n'y pense, n'y marche, n'y trempe les pieds, n'en goûte les embruns. En fait d'eau vive il faut de ruisseaux faire avec, ils sont très peu, ne sont que deux se croisant sous l'abri d'un paquet de saules déplumés sur un champ tout plat posant sa hauteur finalement minuscule — au creux de la vallée ça suffira et après tout, c'est la grande règle de la gravité qui prévaut-là comme partout, au creux va l'eau, toujours, ainsi parlait un pilier de comptoir mais ce sera plus loin peut-être dans l'histoire, peut-être pas. Ils sont donc deux, on les connaît, on y jouait, leurs boues n'ont nul secret pour les gamins d'ici, ceux de maintenant, ceux de d'avant, ce sont les mêmes, on le sait bien, les traits des uns sont le décalque de ceux des autres à peine un peu plus flous à chaque génération qui passe, le temps n'a pas vraiment la main très sûre, il tremble dans sa copie ou est inattentif, c'est son affaire, assurément, il fait tout ce qu'il veut, est au milieu de tout, et même des jeux d'enfants décorés jusqu'aux oreilles par les salissures qu'ils se font sur les rives où ils jouent à construire des barrages de bric, de broc, qui n'arrêteront rien que quelques grenouilles, deux ou trois alevins, et encore, ce sera bien le bout du monde.

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