Des pots de confitures dans une armoire ouverte

Puis arriva une machine à écrire thermique, c'était une révolution, du moins, le catalogue la vendait comme telle. Ne produisant quasi nul bruit, imprimant les merveilles que je m'imaginais produire dans une sorte de feulement léger, sensuel. Sur un papier très spécifique dont le prix était fou, du moins dans mon regard d'alors, où je pensais comme seuls le font les pauvres gens, en comptant chaque sou. Chaque centime. Dans des calculs permanents dont ils ne peuvent se défaire, réflexes qu'ils sont devenus. Et je le fais toujours, penser ainsi, puisqu'on ne peut jamais totalement se défaire de cette manière-là de vivre un monde dont la première limite est celle de son porte-monnaie vide.

Un papier spécifique donc, dont l'une des faces réagissait à la chaleur dégagée par une tête l'effleurant et y laissant, brûlée et noire, très, la phrase préalablement préparée, pesée, mesurée à l'aune du génie que je me supposais, sur un minuscule d'écran LCD d'une seule ligne. L'opération, quelque peu laborieuse, permettant malgré tout de gagner du temps, de s'éviter les reprises, les corrections au typex. Le bruit infernal aussi des touches enfoncées, mécaniques, de machines que j'avais testées ici ou là. Faisant jaillir du ventre de la bête lourde comme un âne, survoltés, des bras fragiles au bout desquels les formes des caractères tenaient en creux presque brutaux. Disposés à frapper au plus fort possible, boxeurs teigneux qu'ils savaient être, le ruban encré derrière lequel une feuille encaissait des coups déposant sur sa pulpe leurs poings sans pitié aucune, et quasiment traversants.