Des pots de confitures dans une armoire ouverte

Avec ces maisons je me rêvais une solitude aussi. Exact contraire de nos vies partagées ici, dans la vallée, dans le vieux corps de ferme, les chambres, autour de la table. Dans les ruelles du village. Dans les vergers, les champs, l'église, les écoles, le collège. Dans l'autobus du matin, et celui identique du soir, où il s'agissait d'être aux bonnes places. Dans le cimetière toujours hanté de visiteurs, des visiteuses plutôt, soignant leurs tombes. Celles de leurs morts entassés là par couches successives, générationnelles, où les plus récents écrasaient les plus anciens. Souvent déjà fondus. Avalés. Devenus poussières, squelettes, os en désordre entassés dans des lambeaux de tissus qui avaient été le plus beau costume, la plus belle robe. De ces atours ne sortant des armoires que pour les grandes occasions, se marier généralement, et puis bien entendu, mourir. Être enterré dessous la terre, dessus les autres qu'on poussait pour se faire une place. Au milieu des alignements de pierres tombales presque toutes rongées par le temps ou la pluie. Ou juste le vent, qui avait tout le temps.