Révision de Lieux #15 du lun, 11/18/2013 - 09:43

Au matin, on verra par la fenêtre de la chambre où l'on vient de déposer ses affaires, où l'on écoutera la nuit venir avec son cortège de bruits inhabituels qu'on ne connaît plus mais qu'on reconnaît malgré tout, les meuglements d'une vache, une voiture solitaire arrivant de M* et traversant à fond de train tout droit ou presque le pâté principal de maisons aux volets clos comme yeux, les bousculements soudains du vent secouant par rafales le côté encore vivant des arbres gardant le bord de l'eau, l'autre paraissant mort sans que cela semble empêcher quoi que ce soit, des pas parfois et même des rires mais de cela rien n'est moins certain, on entend mal d'ici, où l'on dormira comme un moribond quand il lâche prise, les toits alignés parallèlement à la route principale parce qu'ils dessinent le trait d'une autre route, ces toits dont une partie s'effondre depuis des années, et qui sont une seule barre rouge et grise, ce sont les tuiles moussues et les autres de neuf remplacées, de l'autre côté du ruisseau qui passant au bas des jardins de ce côté-çi et des prés de l'autre fait une frontière qu'on peut franchir d'un seul bond — tout le monde le sait, tout le monde le fait, de l'autre côté c'est même village et même pays, seulement un ailleurs qu'on invente et qui existe dans les têtes, bizarrement, à cause seulement d'une eau grise boueuse qui est le fond de la vallée.

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