Révision de Lieux #15 du lun, 11/18/2013 - 09:38

Au matin, on verra par la fenêtre de la chambre où l'on vient de déposer ses affaires, où l'on écoutera la nuit venir avec son cortège de bruits inhabituels qu'on ne connaît plus mais qu'on reconnaît malgré tout, les meuglements d'une vache, une voiture solitaire arrivant de M* et traversant à fond de train, tout droit ou presque, le pâté de maisons aux volets clos comme yeux, les bruissements du vent bousculant par rafales le côté des arbres encore vivants, l'autre paraissant mort sans que cela semble empêcher quoi que ce soit, des pas parfois mais de cela rien n'est moins certain, où l'on dormira comme un moribond quand il lâche prise, les toits alignés parallèlement à la route principale, dont une partie s'effondre depuis des années, et qui sont comme une barre rouge et grise, ce sont les tuiles moussues et les autres de neuf remplacées, de l'autre côté du ruisseau qui passant au bas des jardins de ce côté-çi, fait une frontière qu'on peut franchir d'un seul bond — tout le monde le sait, tout le monde le fait, de l'autre côté c'est même village et même pays, seulement un ailleurs qu'on invente.