Fossile #8

Que l'on ne s'y trompe pas, que l'image ne mente pas dans ce qu'elle ne montre pas, l'enfant n'est pas tout seul, il y a auprès de lui au moins le photographe et puis sa mère sans doute et puis son père aussi, on peut l'imaginer, c'est dimanche ce jour-là, on dira que c'est ça, c'est le jour des familles et le jour de la messe et donc avec nous, le regardant poser, il y ce petit cercle très proche et d'autres personnes peut-être que l'on ne saura pas, on pourrait rechercher, on verra bien si on, il a peut-être aussi la masse qui va entrer dedans l'église après ou qui est déjà installée si le cliché a été pris à la dernière minute mais je n'en crois rien, il me semble inconcevable qu'on ait pris le risque d'être en retard aux prières pour une photographie et donc certainement hors cadre il y a aussi quelques badauds qui traînent après la dernière bénédiction et puis discutent et tous ces gens se sont gardés d'être sur le cliché, même pas une silhouette dans un coin, cela donne cette solitude mais elle est fausse parce qu'il y a tous ces gens et puis aussi mais qui viendront ensuite et lui le petit homme blanc ne le sait pas, tous les morts, ceux déjà, ceux qui viendront, et puis aussi, en une sorte de foule qui surgira mais bien plus tard, avec les premiers mots, les premiers livres, l'armée des écrivains, cette étrange faune, ces fantômes qui sont spectres même vivants, même bien vivants, dévorés qu'ils sont par les mots