Révisions pour « Les journaux du virus »

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sam, 03/21/2020 - 08:51 par dbourrion
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sam, 03/14/2020 - 19:46 par dbourrion
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sam, 03/14/2020 - 08:52 par dbourrion
sam, 03/14/2020 - 08:51 par dbourrion

À nous croiser nous marquons des écarts. Il n'y a plus de lumière dans nos sourires, nos bouches dangereuses. Nos enfants sont devenus une menace certaine. Dans les parcs de la ville dorment les plus à même. Personne n'écoute les hommes-troncs sur les écrans, même si j'essaie encore.

Des rumeurs toisant l'air parlent de villes abandonnées. Nos vides sont devenus nos vies. Ce n'est pas une file d'attente, c'est un anniversaire. Le soleil ras nous toise chaque matin. Maintenant que plus personne n'y marche, nous trouvons beau le visage du bitume.

Nous relisons des livres aux pages sales. Leurs chemins ne mènent nulle part. Chaque soir les réverbères s'éteignent avec le souffle court. C'est un décompte sans fin. La pandémie c'est toi. Ceux qui le peuvent prient.

Un chevreuil glisse sans personne pour le voir. Ne vous approchez pas de moi. Les boulangers posent leur pain à même le sol au-devant des boutiques. De mon balcon je savoure mon vide. Partout bruissent les réseaux qui nous tiennent ensemble.

Nous gardons une distance nécessaire. La promenade dure le temps d'une seule foulée. Mon coucher de soleil a des lèvres salées. Là-bas on tire à vue sur les malades. Il nous reste le souvenir des jours d'après. Pour qui sonne donc le glas ?

Qui parle que nous n'entendons pas ? La limite est partout. Il se creuse entre nous quelque chose qui n'a nul nom. Je sais des morts toujours vivants. C'est un ravage, n'avancez pas.

Des corps maintenant inutiles, et toi. Un ballon rouge sur le trottoir. D'ici tout semble serein quand c'est un cimetière. Dernière sommation ! Dernière sommation ! Nous comptons chaque jour comme le premier. Ces camions pleins de morts qu'on brûle dans de grands feux.

Seul le printemps, en oiseau malicieux. À l'horizon il n'y a plus que l'horizon. Par mes yeux, par ma bouche, par mes mains déjà lasses. Ta floraison tardive entre les rayons vides. Ceux qui se battent n'ont plus aucun visage.

J'entends des voix et maintenant la mienne. Le tir à vue nous suffira. Cette insensible fatigue. Personne pour penser l'infini. Il reste une bicyclette salie au milieu de la rue. S'il reste quelque chose de toi ce sera quoi ?

Il y a ces maisons vides dont les portes battent. Tu as le regard d'une avenue abandonnée. Je n'ai pas vu âme qui vive cette semaine. Le vent pourrait nous tuer. D'aussi loin que porte mon regard, la terre est verte maintenant.

Où pouvons-nous nous réfugier sinon en pleine mer ? Des silences s'insinuent. Une peur rêche de rocher. Ce pourrait être une agonie. C'est un fond de placard. La plus grande distance, celle de prudence.

Personne ici ne peut croire au miracle. Surveillez les constantes. Ce qu'on ne montre pas laisse supposer. Combien de temps à vivre sans vie ?

Une fourmi errant. Je ne te comprends pas. Cet hôpital est infesté. Il reste des fleurs partout — des chants d'oiseaux, un Requiem, et les bourgeons en rage.

Nous sommes des courbes statistiques. Ce vide grand comme une ville. Lui depuis son balcon large d'un coude, nous sur les toits, dans le bleu d'un ciel soulagé.

J'ai rêvé d'une île sans bords. Dessine-moi un chemin creux. Le goudron n'a plus d'âme. À distance suffisante, à distance suffisante, à distance suffisante.

Ils partent par trains entiers pour arriver au même. Cette fatigue aux serres sans pitié. Laissez passer cette lumière en vous. Une brassée d'étoiles dessous le sol.