Révision Operations
01/01/2022 - 15:59 par dbourrion

Révision actuelle

Son père l'avait rencontré après coup, alors que Bill s'était déjà endormi épuisé d'être né. Lassé d'attendre une délivrance ne semblant pas arriver, s'ennuyant à assister aux efforts pour le moins sonores de sa femme, son géniteur était finalement parti à la pêche au bord de la rivière tranquille qu'il affectionnait tant. Peut-être parce que là-bas, il pouvait être seul, sans personne pour venir lui voler du temps, de l'énergie. Sans personne pour le forcer plus ou moins à s'engager dans ces conversations auxquelles il ne trouvait ni queue ni tête, fondées uniquement qu'elles étaient sur des règles absurdes de bon voisinage qu'il devait subir tout en tentant de s'y engager le moins possible. Répondant au minimum, parfois par le seul moyen de quelques onomatopées bien suffisantes.

Ce jour-là, l'air était posé assez pour que les seules libellules en creusent le ventre sans trop d'efforts, dans des nuées presque translucides. Lançant sa mouche avec la régularité dont il savait faire preuve, il regardait passer l'eau claire qui s'en allait vers l'océan là-bas qu'il n'avait jamais vu, et ne verrait jamais. Plus haut, sur le pont, quelques voitures passaient de temps à autre, leurs roues scandant une mélopée rugueuse. Devant, les roseaux bruns, gris, inclinaient leurs têtes mollement. Une cigarette pendait sur ses lèvres fines. Son geste répété était celui d'une machine perpétuelle, sans heurts, sans nulle hésitation. Il se souvenait de toutes les filles qu'il avait amenées ici, juste sous le pont.

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Bill dormait tout contre elle. Calé ainsi il ressemblait à un animal mou. Elle sentait la frénétique chevauchée de son cœur tout neuf vibrer entre eux, traverser leurs deux peaux. Sa chaleur brûlait presque la chair de sa mère aux endroits où ils se touchaient. De temps à autre, il sursautait puis retombait dans un sommeil qui grandissait comme un puits sans son fond. De crainte de l'éveiller, Pearl n'osait pas bouger malgré les élancements qui lui venaient, les mouvements qu'elle sentait se faire dans son corps dont une foule d'organes et d'os se remettait en place après que Bill était sorti en labourant chaque centimètre passé. Dehors, franchissant la fenêtre laissée juste entrouverte, on entendait le bruissement légèrement gras arrivant de la rue. Juste derrière, celui que faisait la rivière apportait une note plus claire, une sorte de promesse dont Pearl savait depuis longtemps qu'elle ne serait jamais tenue. Le pont n'était pas loin, et Tom sans doute pas plus, qui devait encore à cette heure s'occuper de pêcher ainsi qu'il le faisait lorsque le monde tout autour lui devenait trop lourd. C'était chaque jour ou presque. Les autres, il était saoul, ou en train de chercher quelqu'un à qui il pourrait coller son poing en pleine figure. Ou tout autant, à séduire l'une des femmes le désirant sans le savoir encore, dont la petite ville semblait emplie. Qu'il prendrait, pour l'oublier une heure après. Elle savait très précisément de quoi elle parlait.

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