J'aime les gares parce qu'elles ne vont nulle part, ne mènent à rien que ce qu'on veut y voir. Dans leurs halls souvent battus de vents coulis, ce sont tous nos imaginaires qui attendent. Parfois, je rêve de monter dans le premier train que je trouverais à quai, puis de descendre au hasard d'une gare avant de reprendre n'importe quel autre train en partance, sans jamais viser quelque destination. Juste, passer d'une rame à l'autre, d'un wagon l'autre, d'une vie l'autre, pour voir. Voir où cela termine, où je me retrouverais à me dire que maintenant, il faut descendre pour ce jour, pour trouver où dormir.

Je sortirais sans vraiment voir le parvis, qui pourrait être immense, une place majestueuse, ou juste rien, un petit morceau de trottoir, à peine de quoi attendre le grand-père qui doit venir vous récupérer et arrivera légèrement en retard, comme à chaque fois, ou bien sera depuis longtemps garé à vous attendre parce qu'il est de ce genre qui, quand bien même vous le prévenez trois mois avant sans plus lui reparler, sera à l'heure, le bon jour.

Pour moi, évidemment, personne n'attendra. J'irais dans la première rue, puis la suivante, au hasard des hasards, cherchant une porte où je pourrais frapper. Parfois, souvent, le plus souvent, cette porte ne s'ouvrira même pas. De temps à autre, une silhouette viendra, n'ouvrira pas, demandera seulement ce que je veux, me dira non, on n'ouvre plus maintenant, il est bien tard, cherchez ailleurs. Une seule fois, on m'accueillera, pour que je dorme dans la chambre laissée vide par le fils, la fille maintenant partis là-bas, ailleurs, dans des pays dont on peinera même à me montrer où ils se trouvent sur le globe lumineux allumé pour cette occasion alors que la poussière n'en finissait pas de l'avaler.