Il était là, dans son verger, dans un mirabellier. De loin, en passant à travers le petit bois me permettant de rester plus discret, je voyais la tache sombre qu'il faisait dans le ventre de l'arbre. On aurait cru une grosse abeille. Ou une mouche à merde, selon le regard qu'on portait. Pour moi c'était la mouche. Chacun a son idée.

Je me suis montré à la limite de son terrain, marquée d'ailleurs par un barbelé préhistorique, rouillé complètement, caché dans une haie de ronces haute comme ça. Il y a des règles dans ce bas monde, et ne pas entrer quelque part avant d'y être invité en fait encore partie. Quand il m'a vu, il a pris soin, du haut de son perchoir, de regarder autour si personne ne nous surveillait. Il n'y avait pas âme qui vive, j'aurais pu le rassurer : j'avais bien vérifié avant de m'avancer dans le coin. Je sais rester discret quand il le faut. Ensuite d'un geste, tranquillisé maintenant sur sa réputation, il m'a fait signe d'entrer.

On a discuté comme ça, lui sur son arbre, moi assis dans les herbes encore hautes faisant cercle autour du pied dégagé large pour mieux repérer les fruits tombés. Je devais certes lever le visage vers lui comme pour l'implorer, et je n'aimais pas ça, mais c'était histoire de rester invisible aussi. Il faut savoir faire des efforts parfois. Même moi, cela m'arrive.