images classées | atelier 3

Une boîte quelconque tellement quelconque on doit bien en trouver ainsi peut-être des millions peut-être des milliards c’est à peine exagéré quelconque tellement qu’il pourrait arriver de n’y prêter nulle attention de passer à côté d’ignorer ça ce qu’elle contient qui n’obéit à nulle logique n’est pas rangé n’est pas classé semble jeté en vrac au hasard des hasards au hasard des riens qui font qu’à un moment c’est celle-ci ou celle-là qui nous arrête nous occupe fait même plus semble nous ravir comme à nous-même on chercherait peut-être en vain ce qui décide que telle ou telle nous bousculera c’est inutile puisqu’on le sait le roi toujours vient quand il veut

petite fille courant dans l’herbe et c’est l’herbe haute et c’est des fleurs et c’est cela seulement qu’on voit les herbes les fleurs et l’on entend le craquement que font les tiges dans la sécheresse qui est autour dans la sécheresse qui fait que l’on peut deviner que l’air est lourd et comme figé et que le monde ne bouge plus mais plus du tout seulement là une fillette qui court et rit et trace dans l’herbe presque plus haute qu’elle son net sillon

cercueil noir enfin l’on croit l’image est floue que quatre bonshommes sortent comme ça à bout de bras de la maison une pas loin et eux sont noirs mais pas de peau de vêtements on ne sait pas qui ils peuvent être mais sont paysans ça c’est certain cela se sent à une manière de se tenir de porter ça la noire boîte de transporter les lourdes planches sans réellement sembler porter quoi que ce soit peut-être en fait que c’est le cas que ce qu’ils portent c’est une morte (et chacun sait que les jeunes mortes ne pèsent rien)

ruines seulement ruines on ne distingue pas grand chose et pas d’humains dans la ville morte la ville rasée la ville brûlée aucune trace de survivants seulement ce qu’il demeure debout et des maisons et puis des rues et quelques arbres pour ces derniers il n’y a pas preuve qu’ils sont ici plantés de main ce qu’on ne sait c’est toute l’histoire qui a produit ce chaos-là

paysage blanc presque liquide presque invisible tellement si blanc ce n’est que neige au fond les bois eux tellement noirs qu’ils blessent l’oeil il n’est rien d’autre que l’on puisse dire que l’on puisse voir dans cet esquisse pourtant l’on sait que l’on voit là le commencement

puis un sous-bois des hommes bûcherons mais pas les mêmes qui juste avant portaient la morte cette fois des autres il y a feu et eux autour aucun visage que l’on connaisse aucun souvenir pas un seul lien que l’on puisse faire entre nous et eux qui sont-ils donc qui nous regardent sans piper mot on ne saura pas

et tout cela n’existant pas pas réellement non pas ailleurs que dans la boîte celle de ma tête pure invention mais je demeure dans le chemin puisque l’on « s’en tient réellement aux images que nous avons produites » et que rêver c’est bien produire - qui pourrait donc dire l’inverse ?

Tiers livre