Grumeaux

Tout est possible alors dans un temps qui n'est pas encore de grumeaux et dans lequel on avance sans regarder en arrière, dans lequel on compte les jours et ce sont des heures, dans lequel on cherche des moyens d'amasser les maigres sommes qui paieront le prochain carré de carton et sa rondelle de plastique qui feront trembler les murs, on ira bientôt faire le peintre d'été et passer ses journées à changer la couleur du monde, en l'occurrence surtout celle saumon rose d'un hôpital immense en construction là-bas dans l'autre ville qui sera celle du lycée et dans les couloirs duquel on passera tout un été à faire exactement le même geste dans une chambre exactement semblable à celles d'avant celles d'après les seules pauses étant celles du casse-croûte de dix heures pris assis tous en rond sur les seaux lourds de peinture grasse qui serviront aussi, une fois vidés puis à nouveau remplis d'eau et posés sur des réchauds à gaz larges comme des araignées mortes écartelées à réchauffer nos gamelles dont on découvrait tous le contenu à l'ouverturte, toujours ou presque, une sorte de bouillie que faisaient les aliments qui quoi que séparés par des sortes de nacelles métalliques destinées à les isoler les uns des autres trouvaient à se mélanger sans doute pour que nous cessions de nous demander ce qu'il y avait au menu, une bouillie, donc, avalées vite pour pouvoir dormir quelques minutes sur un tas de sac de platres et y retourner, au geste toujours le même de haut en bas et puis croisé de gauche à droite ainsi jusqu'à ce que le soir arrive et puis ce retour chaud dans l'estafette restée sous le soleil toute la journée et puis la douche et puis la chambre et puis platine ampli et puis le bras qui se posait sur la galette et puis les heures ensuite yeux au plafond toujours le même encore le même.