Plis entre plis

La première fois je n’ai même pas passé la troisième page, le souffle me manquait et épuisé coureur aux jarrets morts j’ai lâché prise au beau milieu d'une phrase qui me semblait sans fin, j’ai reposé le livre gros, je suis sorti là où dehors une nuit tombait sans bruit aucun, cette surprise qu'elle pouvait, on sentait l'eau autour respirant morte ou presque, c'était seulement une apparence qu'elle se donnait, elle savait bien quand il fallait manger les bords de l'île, manger la terre, ça arrivait, on voyait la ligne grise passer les traces laissées aux ponts par ceux d'avant pour souvenir, crue de ****, dessus celle de ****, à un moment il y avait nos respirations suspendues, est-ce que ça continuerait, des gars venaient d'on ne savait où pour lever les panneaux qui vers là-bas bloquaient le déversoir, ils tournaient de grandes vis et dessous ça dégueulait large, c'était l'endroit où des kayaks aussi parfois étaient à l'entraînement et plus rarement, compétitaient, tu parles d'un mot, je ne sais pas même pas s'il existe vraiment, une fois même cette eau avait envahi les sous-sols, avant que j'arrive là, elle avait avalé ces niveaux bas où dormait toute une bibliothèque, on imagine les livres dedans collés jusqu'au plafond flottants, des poissons blancs, après à la décrue on les avait péchés séchés rangés ailleurs dans l'autre bibliothèque, celle où j'ai perdu tout mon souffle, les livres n'aiment pas l'eau, cela les fait gonfler devenir gras et même secs ensuite ils demeurent boursouflés poudreux comme malades, c'est dans l'un d'eux comme ça que j'ai buté contre ces phrases, un océan, dans un livre mangé par toute l'eau, tout ça était logique quand j'y repense.

à suivre

Une première version de ce texte a été publiée
par l'Association des Lecteurs de Claude Simon
Merci à @cgenin pour l'invitation

source de l'illustration : wikimédia commons