Plis entre plis

La première fois je n’ai même pas passé la troisième page, le souffle me manquait et épuisé coureur aux jarrets morts j’ai lâché prise au beau milieu d'une phrase sans fin, j’ai reposé le livre, je suis sorti où dehors une nuit tombait sans bruit aucun, cette surprise qu'elle pouvait, on sentait l'eau autour respirant morte ou presque mais pas vraiment, c'était seulement une apparence qu'elle se donnait, elle savait bien quand il fallait manger les bords de l'île, manger la terre, ça arrivait, on voyait la ligne grise passer les traces laissées aux ponts par ceux d'avant pour souvenir, crue de 19**, celle de 19**, à un moment il y avait les respirations suspendues, est-ce que ça continuerait, des gars venaient d'on ne savait où pour lever les panneaux qui vers là-bas bloquaient le déversoir, ça dégueulait, c'était l'endroit où des kayaks aussi parfois étaient à l'entraînement et plus rarement, compétitaient, tu parles d'un mot, je ne sais pas même pas s'il existe, une fois même cette eau avait envahi les sous-sols, avant que j'arrive là, elle avait envahi ces niveaux bas où était alors une bibliothèque, on imagine les livres dedans collés jusqu'au plafond, après à la décrue ils avaient été repéchés séchés ranges ailleurs, dans l'autre bibliothèque, celle où j'ai perdu tout mon souffle, les livres n'aiment pas l'eau, cela les fait gonfler et même secs ensuite ils restent boursouflés poudreux comme malades, c'est dans l'un d'eux comme ça que j'ai buté contre ces phrases immenses, un océan, dans un livre mangé par toute l'eau, tout ça était logique quand j'y repense.

Une première version de ce texte a été publiée
par l'Association des Lecteurs de Claude Simon
Merci à @cgenin pour l'invitation