Tumulus #7

Ce qu'ignorent ceux du village, eux qui n'ont d'ailleurs rien vu, on pourrait bien n'en parler pas mais tout de même, cela fait part de cette histoire, pose un décor, c'est que cette camionnette n'est pas seule à sillonner ainsi, à s'arrêter partout. Avec elle, dans le même temps, c'est en fait toute une armada de véhicules exactement pareils, pilotés par des équipes de mêmes hommes ou presque, on voit bien que sous la sorte d'uniforme qu'ils portent, ils sont autant de différences, qui entre les deux villes pose partout les taches blanches de leur équipement, ce sont des champignons ne restant pas en place. Ce qu'ils font tous autant qu'ils sont est assez simple quoi que laborieux, et consiste en un relevé précis du monde, du moins, de cette partie du monde posée entre les deux cités et sur laquelle, puisque l'élu jadis qu'on a presque oublié déjà l'a décidé, une route doit venir, on ne sait pas encore vraiment où et c'est pour cela qu'ils sont donc là pour ça, vérifier que les cartes déroulées partout dans les bureaux d'études, et le moindre petit tronçon de bitume noir, le moindre fossé, le plus petit arpent de terre, sont dans une concordance, en gros, que la réalité est celle qu'on a a dessiné jadis et qu'on va transformer en commençant par son reflet, des cartes encore, avant que de porter sur le terrain, la terre à dire vrai, les traits qu'on a posé au crayon gras sur le papier épais, rigide, qui a ce touché de ciré, qu'on voit bien déroulé sur les grandes tables où ingénieurs à cravates noires changent l'horizon, le remodèle à toute façon, ça fait rêver un tel métier mais au village tout le monde s'en fout, personne n'a jamais prêté attention aux routes, à qui les fait.