Tumulus #5

Pour ce qui concerne la bosse elle dépare donc dans la vallée toute plate ou presque, c'est sur le fond qu'on est, sur un plateau, autour bien entendu sont des collines mais à part elles on dirait comme une main, cela fait creux et plis mais tout de même les choses vont en douceur, on ne passe pas d'une altitude à l'autre soudainement alors que là, dans ce champ-là, quelque chose ne va pas et l'oeil ne s'y trompe pas qui s'y accroche à chaque fois et prend dedans sa gêne l'esprit de qui regarde qui se demande ce que c'est donc, et en discute avec un autre, et puis un autre, on parle de ça au coin du feu ou bien du zinc, on se raconte des histoires qui sont de hier et de bien d'avant, on se raconte toutes ces choses inventées dont on pense qu'elles pourraient bien être vraies, que dessous ça, cette herbe rase qui est plus haute, il y a quelque chose d'enterré dont la mémoire s'est perdue, un rocher, une chapelle, une maison toute brûlée, on ne sait, celui-là se souvient qu'il a su et puis non, il se trompe, il repaye une tournée, on oublie, les feuilles tombent puis la neige les suit, et quand vient le printemps il y a tant à faire que personne ne s'occupe d'une bosse haute comme ça dans un champ large comme ça, et une année suit l'autre et pendant tout ce temps dans la ville là-haut sous les ors tranquilles le dossier de l'élu suit son bonhomme de chemin alors même que l'élu ne l'est plus, une élection est passée, il a rendu son écharpe ou son siège, on ne sait plus, on l'oublie, mais pas ce qu'il a déclenché, pas cette idée qui est devenue une évidence puisque tout le monde en parle maintenant sans plus en questionner la pertinence, l'origine, et que de débats en enquêtes puis en simulations et en validations, elle a passé toutes les étapes qui transforment les idées nées sous la mousse à raser matinale en lignes sur les cartes, autant dire, en réalites