Rives

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Alors nous allions nous asseoir bord de fleuve, à attendre que peut-être les eaux se fendent, baissent au moins de niveau, pour nous permettre un jour de passer sur l'autre rive, traverser à pied sec puisqu'aucun ne savait nager, et que de vaisseau nous n'avions, non plus que de quoi en construire même très premiers (sans doute aussi, à dire vrai, la peur de nous noyer suffisait-elle à nous convaincre de patienter tout simplement).

Impatients sur la berge, nous regardions de l'aube jusqu'à la nuit l'autre côté, nous espérions, imaginions, rêvions ce que ce serait donc que de quitter cette île posée en plein milieu du monde telle un crachat des dieux.

Parfois et un peu las, nous nous disions qu'il n'y avait rien sur le bord opposé, que les mêmes que nous, regardant par ici, et se faisant d'identiques rêves. Parfois aussi, nous pensions au fleuve des morts dont nous parlaient de vieilles personnes, et là d'effroi en frissonnions, au point de rentrer à demeure dans nos maisons de pierres blanches.