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Revenu, il n'a plus jamais été même. Trouvant sa chambre vidée devenue un débarras où s'entassaient des choses et d'autres. D'énormes araignées assoupies dans leurs toiles. Un fatras inutile d'objets dépareillés. Des valises vides emboîtées telles des poupées russes. Ce qu'on ne savait pas où déposer, terminant immanquablement dans la pièce au départ vide, et puis là pleine comme un œuf. La première nuit, celle de son retour, on avait poussé tout cela dans un recoin, pour dégager la place où poser un matelas sur lequel il était tombé d'un seul coup. Tellement d'années après, la famille toute entière le pensait enterré dans un recoin de champ. Sous des arbres étrangers. Ou disparu dans les décombres de l'une des villes rasées, brûlées tellement qu'elles ressemblaient à des amas d'ossements. À dire vrai, ce n'est plus lui qu'on attendait, c'est un courrier apporté par le maire mal fagoté dans son costume de paysan, dont la lecture aurait révélé où les combats l'avaient donc couché. Dans quelle terre. Sous quels gravats. Nulle part peut-être, comme tant de combattants avec lui, ou bien en face, dont on ne retrouvait plus rien que leur plaque bosselée, voire moins, les os, la chair mâchée par les obus.