Si j’avais su…
Posté le 09 02 2010 | par nacl2 | Soyez le premier ou la première à ajouter un commentaire... |
“L’expérience ressemble aux cure dents, personne ne veut s’en servir après vous”. Google prétend que c’est du Dorgelès, Le château des brouillards, 1932. Il n’empêche que si j’avais su 2 ou 3 choses avant de me mêler de mener à bien l’intégration physique de bibliothèques associées, j’aurais gagné temps et argent. Voilà donc quelques cure dents, pour ceux qui pourraient en avoir usage :
- Abonnements : vous croyez – bêtement – qu’il y a un marché périodiques dans votre institution, et qu’il vous suffira soit de supprimer les abonnements auprès du groupeur, soit de les reprendre. Et là, en mars, vous découvrez tout un tas de titres pris hors marché auprès des éditeurs, avec des contrats de tacites reconduction résiliables par lettre recommandée avec AR 3 mois avant la fin de l’année civile. Vous financez donc une année de plus les doublons que l’intégration physique était censée supprimer. Méfiez-vous donc des Journaux officiels, des Lamy, de l’OFUP, des publications associatives (liste non limitative).
- Bibliothèques associées des bibliothèques associées : vous pensez – bêtement – que les centres de documentation gèrent la documentation. Vous traitez les collections, reprenez les abonnements, et découvrez que vous êtes désormais censé servir aussi 2 bibliothèques de composantes dans d’autres villes, quelques tiroirs dans les bureaux d’enseignants-chercheurs, qui ne comprennent pas être si mal servis.
- Abonnements en ligne à mot de passe : vous imaginez – bêtement – que dans une institution honnête, personne ne fait plus ça. Et découvrez que vous être désormais incapable juridiquement de faire partager à une communauté de 800 personnes les fascinantes archives du Moniteur des travaux publics, des Cahiers Espaces, ou de la Gazette des communes. Là je n’ai pas le cure-dent, mais si vous en avez un, je vous l’emprunte bien volontiers.
- Des mémoires d’étudiants : vous supposiez – bêtement – que les 300 ml de mémoires qui ornaient votre magasin représentaient une belle part des travaux d’étudiants soutenus dans votre université. Vous allez découvrir que vous avez 2 ans de boulot à traiter les 60 ml dont vous venez d’hériter, à identifier les filières de production qui menacent en 2 ans de vous saturer votre marge d’extension et à monter un dépôt institutionnel pour arrêter les frais.
Morale de toute cette histoire, intégrer des bibliothèques de composantes, c’est s’exposer à une belle illustration de la loi de Pareto : 80% du boulot, 20% du temps, 20% du boulot, 80% du temps. Le meilleur cure dent pour la fin : quand l’intégration est finie, le vrai travail commence. C’est plus facile quand on s’y attend.
Crédits photo : Hector par Zarathoustra, via Flickr CC.
Valeur ajoutée ?
Posté le 04 02 2010 | par dbourrion | 11 Commentaires |
Bien, partons de ces chiffres. Quelques précisions d’abord, entamées là :
- la grosse majorité des visites sur le site web sont des visites “internes”, issues du campus et plus précisément des postes en libre accès de la Bu, en particulier parce que la page d’accueil desdits postes, après identification LDAP, est celle du site ;
- si l’on y regarde de plus près, une part importante des accès vers le site web se fait vers la page des bases de données et celle des revues en ligne : le site web ne sert ici que de “signet” à ressources électroniques ;
- les autres pages du site ne bénéficient pas de visites particulièrement importantes : il faut dire qu’elles n’apportent quasiment aucune information un tant soit peu attirantes pour un étudiant. Rien de glamour dans les trombines de l’équipe de direction (no offense).
En fait, je pense que deux usages-types se dégagent :
- je suis usager, j’utilise un poste libre accès de la Bu, je m’identifie LDAP, je me retrouve devant la page du site Bu, je me sauve parce que je n’ai rien vu d’accrocheur ou d’utile pour moi ;
- je suis usager, j’ai besoin de ressources électroniques, je passe par le site de la Bu pour retrouver ma base de données préférée, ou ma revue chérie – je me contrefiche du reste et je ne vois là non plus rien d’accrocheur ou utile pour moi.
Dans les deux cas, nous n’avons pas réussi à capter notre usager, à lui apporter une valeur ajoutée, à lui montrer les merveilles que recèlent nos fonds. Ca laisse rêveur, et ça fera l’objet du prochain billet de cette série.
La pêche à la ligne
Posté le 01 02 2010 | par dbourrion | 4 Commentaires |
Tantôt, second petit cours de deux heures aux étudiants angevins du Master 2 pro Histoire et métiers des Archives et Bibliothèques (oui, ceux auprès desquels j’ai développé la position du missionnaire).
Support ci-dessous, très court : il s’agissait de parler de CMS et de leur montrer comment les outils, de plus en plus faciles à prendre en main, nous permettent très simplement de construire une bibliothèque continuum. J’ai donc surtout fait de rapides démos de CMS et ai montré les coulisses d’un site web.
Contrairement à nombre de mes interventions, dont je suis sorti désappointé de voir à quel point il était difficile de faire comprendre à des professionnels qu’ils ne peuvent pas faire l’économie de connaître et de s’intéresser un minimum à ces outils, l’assistance a semblé intéressée et prête à voir que le métier, c’est ça (la technique) aussi et au moins autant que les questions de politique documentaire, d’acquisitions, d’animations, d’accueil, de désherbage. Ouf, peut-être que les choses avancent.
Virtuel ?
Posté le 28 01 2010 | par dbourrion | 4 Commentaires |
Pour préparer cette intervention, j’ai regardé d’un peu plus près les chiffres de fréquentation de nos sites (les trois sites physiques et le site web + blog). Les voici :
A. Sites physiques (Bu Belle-Beille, St Serge, Montéclair – chiffres 2008)
- Belle-Beille : 478 926 visites
- Saint-Serge : 320 670 visites
- Montéclair : 66 072 visites
B. Site “virtuel” (web et blog – chiffres 2009)
- 422 188 (site web) & 17 505 (blog) = 439693 visites
- 1 188 804 (site web) & 35 449 (blog) = 1224253 pages vues
- 115 699 (site) & 9 305 (blog) = 116634 visiteurs uniques
On remarquera donc que le site “virtuel” (que l’on peut considérer comme un seul ensemble) reçoit presque autant de visites que le site physique de Belle-Beille. Je vous laisse réfléchir à ça et aux conséquences, j’y reviens dans un billet prochain.
Avant d’être en retard
Posté le 26 01 2010 | par dbourrion | 5 Commentaires |
Nous avons lancé la semaine dernière nos premières relances pré-retard. Au lieu d’attendre que les usagers aient dépassé la durée du prêt pour les relancer à ce moment-là, nous leur faisons à présent parvenir, quelques jours AVANT l’expiration de leur prêt, un mail leur indiquant que les documents en leur possession vont devoir rentrer au bercail, mais qu’ils peuvent encore prolonger ce prêt.
Le mail contient les explications nécessaires à la prolongation et renvoie également à ce billet du bua’bloc.
Via ARC, l’outil statistique adjoint à Aleph, nous pourrons d’ici quelques temps obtenir des chiffres qui nous permettront de voir si ces relances pré-retard ont un effet. Wait & see
D’un V qui veut dire Valo
Posté le 21 01 2010 | par dbourrion | 8 Commentaires |
(Oui, j’aime les titres pourris)
Nous travaillons actuellement autour de l’idée de valorisation et de travail collectif sur/autour de cette valorisation.
L’une des étapes : présenter la problématique à nos collègues, à l’interne, et leur monter/expliquer comment leur travail va changer, pour passer en gros de l’acquisition/accumulation à la médiation via un site web à venir.
Ci-dessous, ma présentation – elle s’articule avec celles effectuées sur la même session par le Boss (qui a expliqué les enjeux politiques) et NK, qui est entrée dans le fonctionnement au quotidien du blog tel que nous voulons le faire monter en puissance (entre autres, en programmant plus avant les billets ; en intégrant plus de rédacteurs ; en travaillant par “conférences de rédaction”).
En tant que telle, ma présentation n’a donc que peu de sens et d’intérêt, mais j’aime pourrir le web – et je suis sur mon blog, je fais ce que je veux, na !
A la sueur de leurs fronts
Posté le 19 01 2010 | par dbourrion | 11 Commentaires |
Ce blog, comme de nombreux blogs, tourne à l’aide d’un moteur OpenSource, Wordpress, que j’ai téléchargé gratuitement. Et ce blog est ce qu’il est, du point de vue formel, parce qu’une série de plugins le customise et apporte des fonctionnalités supplémentaires au moteur de base.
Ces plugins, je les trouve en général sur le site ad hoc et un certain nombre d’entre eux me sont si précieux qu’il m’arrive d’apporter ma contribution financière à leur auteur, en général via Paypal.
Mes questions sont les suivantes : quid d’une rémunération que les structures institutionnelles utilisant certains de ces plugins pourraient également apporter aux auteurs des-dits plugins ? Certains de ceux qui passent ici ont-ils connaissance de pratiques de cet ordre où une Bu, par exemple, soutiendrait directement un individu développeur d’un plugin Wordpress ? Est-ce d’ailleurs possible, techniquement (je veux dire, est-ce que nos comptabilités autorisent et savent faire cela ?)
Les commentaires sont ouverts pour vos réponses…
Le sel des projets (2/2)
Posté le 14 01 2010 | par nacl2 | 5 Commentaires |
Dans la série Le Sel SVP
- Le sel des projets (1/2)
- Le sel des projets (2/2)
Travailler avec :
… son Boss
a) Le/la choisir. C’est, au sein de la FPE, la seule vraie occasion de choisir avec qui on va travailler. Plus facile qu’avec les autres ingrédients de la vie au travail parce qu’il n’y en a qu’un/e par établissement, et qu’en règle générale on est -au moins un peu- maître de ses propres mouvements de carrière et mutations. J’ai vu pas mal de collègues se focaliser sur la station de métro, le climat, la famille ou la fiche de poste et oublier qu’au quotidien le tempo est donné par le haut et que le bon management, comme le mauvais, ruisselle sur toute la pyramide de l’organisation.
b) lui demander d’expliciter le mode d’emploi et les marges de manoeuvre dont il/elle vous laisse disposer. De quoi doit on lui rendre compte a posteriori, de quoi doit on l’informer a priori, que doit-on soumettre à validation ? Doit-on privilégier un style formel ou détendu, le courrier, le mail ou le téléphone, la secrétaire ou l’adjoint ? Comprendre vite tout ça est le seul moyen d’établir la confiance, nécessaire pour tout le reste.
Voir aussi pour compléter mes lieux communs, un dossier court à lire et rigolo du journal du net, un bon billet sur Troisième voie, un blog de management, ou une myriade de livres que vous trouverez tous seuls dans le SUDOC, bande de bibliothécaires que vous êtes.
… ses pairs
Là je me place du point de vue d’un “conservateur” faisant partie d’une “équipe de direction”, mais la même structure, en fractale, se retrouve à l’échelle de chaque service ou section.
c) considérer ses pairs comme des partenaires naturels. Comprendre leur rôle dans la bibliothèque, identifier là où les intérêts des services convergent et s’enrichissent. Que de bibliothèques où les chefs de section ne sont que rivaux, où la bibnum vit dans une tour d’ivoire, et où les acquéreurs se regardent en coin pour des miettes de budget !
d) Identifier les grands équilibres et jouer sa partie. Le Boss, tout omnipotent(e), compétent(e), bienveillant(e) qu’il/elle soit doit faire des choix et établir des calendriers, et il y a nécessairement des luttes d’influence : un CMS ou des chauffeuses confortables ? Les sciences ou le droit ? des moniteurs formation ou rangement ? Ne jamais ramener toute la couverture à soi (mauvais pour la bibliothèque dans son ensemble), sans jamais se faire oublier. Les autres ne joueront pas votre partie mais la leur. Parfois, le danger est d’être trop convaincant : avoir des projets communs facilite alors la vie de tous !
… ses collaborateurs
e) Essayer de connaître les gens, de s’appuyer sur leurs qualités et de passer sur leurs défauts. Quels que soient les unes ou les autres, faire avec, et aujourd’hui et demain, et se souvenir que pour beaucoup qu’ils étaient là avant soi et seront encore là après que l’on sera parti depuis longtemps. Ne pas oublier chaque individu, derrière la fonction qu’il occupe. Là aussi, lieux communs que tout ça, mais tout le reste s’appuie dessus.
f) Essayer de donner les moyens à chacun de comprendre ce qui s’est passé, ce qui se passe, ce qui va se passer.
Je passe une (pas assez ces temps-ci) bonne partie du temps de travail des autres à communiquer : temps d’entre-deux portes, toujours à recommencer ; réunions, dont au minimum une “de section” mensuelle, souvent trop longues ; CR de réunions systématiquement, trop longs, mais lus avec attention par certains et mon assurance face au leitmotiv “On m’avait rien dit, je-suis-pas-concerné”.
J’assume de plus en plus le bavardage, par lequel se noue la confiance, les entretiens professionnels de 3 heures où je reprends par le menu, avec chacun, un à un les projets de l’année à venir, les calendriers, et sa place dans l’ensemble. Revers de la médaille, c’est souvent en dehors du travail des autres que je fais le lien entre tout ça, que je maintiens la cohérence des calendriers et la possibilité d’offrir à chacun ma vue de généraliste qui connait un peu de tout et ne s’occupe vraiment de rien.
g) Se résigner à perdre le fil, à se tromper – et à le reconnaître, à se contredire, à être contredit(e). Faire, c’est faire des erreurs, et confronter les plans d’action aux autres et à la réalité, c’est savoir les infléchir.
Je suis savante, expérimentée à la hauteur de tous ceux qui travaillent avec moi. Coordonner la puissance de travail déployée par une équipe est loin d’être le boulot ingrat que pourraient laisser croire les nombreux guides de management-réduit-à-la-gestion-des-conflits-interpersonnels.
… Gaston*
e) être le Prunelle de quelque Gaston* : le sel du métier, l’occasion de pousser de loin en loin des grands scrogneufegneu (y compris contre soi-même). Franquin en a pondu 19 tomes, qui en disent plus drôle que je ne saurais le faire !
* Que personne avec qui je travaille ne le prenne pour lui. Gaston, c’est moi, c’est vous, c’est les cagibis trop pleins, c’est mon bureau, les clés baladeuses, les fausses bonnes idées, les classeurs de photocopies, les bobos du bâtiment, etc. Gaston, c’est l’entropie contre laquelle s’investit au jour le jour l’énergie de tout responsable…
Crédits photos : objet fractal, Sanchtv via Flickr ; Gaston à Grévin, Gilles Couteau via Flickr CC.
Continuum
Posté le 12 01 2010 | par dbourrion | 2 Commentaires |
J’aime bien ce mot, et j’aime bien la logique qu’il recouvre : pouvoir passer d’un élément à l’autre de façon continue. Et j’aime à penser qu’entre la bibliothèque “physique” et la bibliothèque “virtuelle” ou “numérique”, il existe (ou en tous les cas il devrait exister) un continuum, avec ce que cela suppose à mon sens :
- aucun élément n’est moins important que les autres ;
- aucun élément n’est prioritaire par rapport aux autres ;
- chaque élément doit être pensé par rapport aux autres éléments ;
- l’absence d’un élément ampute l’ensemble d’une part non négligeable ;
- l’ensemble n’existe que complet.
La bibliothèque est un tout qui n’a de sens que comme tel. Et penser/concevoir/animer la bibliothèque, c’est penser/concevoir/animer ce tout, sans exclusive : les exigences que nous avons dans le monde “physique” doivent être les mêmes dans le monde “virtuel”. Un bâtiment laid, un site qui dysfonctionne, c’est inacceptable dans les deux mondes parce que c’est la même chose.
Et on ira pieds nus
Posté le 07 01 2010 | par dbourrion | 19 Commentaires |
(billet un peu bizarre)
Lors de discussions au sein des équipes, sur ce qu’on pouvait tolérer, dans la zone dite libre, de la part des étudiants, importance apparente de la question du pied : les pieds nus sont-ils tolérables dans une bibliothèques ? Y’a débat, on dirait…
Je me dis que le pied nu, c’est l’irruption du corps dans le monde des livres et de la pensée, c’est la Nature qui s’introduit dans l’éther de la Culture, c’est le rappel de ce que nous sommes (de la chair) dans ce que nous voudrions être (pur papier et pures idées).
Le pied nu, c’est aussi le pied de l’Autre dans sa matérialité et sa présence entêtante (vous pouvez refermer un livre quand vous ne l’aimez pas, mais vous ne pouvez pas couper le pied qui ne vous plaît pas). Et puis le pied, c’est la sexualité – et les bibliothèques n’aiment pas ça mais aiment les Enfers.
Bref – la question du pied est loin d’être anodine. A quand une bibliothèque où l’on ira pieds nus ?