Sardinia (was Back USA)

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Tant long droit loin que tout là-bas c'est l'horizon avalant cru le ruban plat réglisse que ça devenait déroulé sans arrêt avec sa grande bouche bleue ses lèvres blanches plat noir réglisse exactement comme les rouleaux piqués dans le dos des marchands de presse cigarettes loteries et autres conneries quand ils tournaient le dos le temps de juste le temps de glisser une main vers le comptoir prendre le rouleau le faire fondre dans une poche le tout sans baisser tête ni regard et nous dessus maintenant à foncer droit vers la bouche bleue à nous demander mais sans rien dire à quel moment elle nous avalerait et si seulement et quand derrière il n'y avait rien pas de sirènes aucune voiture de cops hurlante pour rouler avec nous vers la bouche et ses lèvres blanches soleil jaune brûlé le reste le vert ça suffisait...

(...) ça a commencé comme cela il faut tout raconter on partira d'ici comme de là et on ira on ne sait où et personne ne nous retrouvera qu'on se disait dans la voiture vieille moisie rouillée aux roues envolées elles depuis longtemps ne disant rien ne pipant mot sur la route des pickups aux ailes d'argent que leur faisaient leurs chromes leurs pneus tranchant lapidant le silence et puis derrière au-dessus en intermèdes aussi ces sortes de cigales qu'on ne trouve qu'ici enfin de ce qu’on sait sciant ou c’est tout comme les arbres écrasés de chaleur nos cerveaux lents qui rêvaient tous d’une autre vie et puis encore d’autres pickups les trucks parfois de haut grondant même ailes d’argent et nous encore vautrés comme chiens sur les banquettes tellement défoncées de la voiture qu’on sortait de là avec les fesses en compote quand la nuit venant glissant il fallait quand même rentrer faute d’avoir à faire avec les ceintures des paternels seule chose certaine dans tout le jour...

(...) en attendant le crépuscule un truck chien gueule rouge toutes dents dehors cette fois trompette ou bien sirène lui un navire quittant le port et après tout c’était bien ça le port partout sur le bitume klaxon devant pour saluer ceux copains là d’en face de chez Sally sortant chargés maintenant du breakfast qui tiendrait au corps jusque au moins des quinze heures il fallait bien ça pour tenir droit le volant les paupières on ne voyait déjà plus du truck que son derrière filant rapide le long de la route large traversant Sardinia, État de New York, États-Unis, autant dire le trou du cul du monde autant dire l’enfer...

(...) où l’on était coincé pour toute l’éternité qu’on se disait sauf à trouver le moyen de partir d’ici de gicler et d’y aller dessus la route avec pickups et trucks et couchers de soleil au loin immenses jaunes rouges du sang du jour même que souvent on imaginait qu’il suffirait de se glisser dans une remorque de celles garées la nuit devant les motels pourris spécialités de la région avec l’ennui en masse chambres parfumées clopes rances sueurs et autres fluides mais ni eau chaude ni breakfast et pour le matelas dès couché dessus ça te rappelait la mer quand la houle se levait pour s’en aller se barrer pour de vrai regarder enfin s’éloigner cette ville aux hanches étroites aux rues vidées aux parkings creux comme des dents mortes...

(...) autour des deux fast-foods façon palette de peintre fou façades toits enseignes clignotantes se faisant face guerre à coups de burgers mous dégueus sodas plus glacés que nous y bossant l’été juste sous la clim poussée à fond à nous en faire crever manière de gagner quelques dollars finissant planqués sous les matelas au cas où pour le jour où c’est le bitume qu’on boufferait et pas ces trucs parfum carton mouillé rincé javel qu’on aurait cru pourris y plantant les dents le manager les offrant à la pause avant midi le coup de feu fourrés d’on préférait ne pas savoir quoi ne pas comprendre vieux boeuf mort de fatigue poulet broyé tout cru plumes comprises porc extrudé lié sucre sirop sel qu’on jetait le plus souvent dès qu’il tournait le dos ce con...

(...) son petit nom à lui entre nous en murmurant l'appelant le con cheveux courts gras collés sourire niais chemise toujours froissée même repassée de frais sortant d'une cellophane neuve et les vacheries ne manquant pas dans sa tête de malade je parle même pas des mains traînant au cul des filles serveuses bloquées dans la réserve derrière la caisse obligées de sourire parce que devant c’était le roi le client roi un roi obèse le con souvent on se disait qu’on allait l’attacher le bourrer jusqu’à l'en faire crever de ses burgers frites trucs à boire brassés fouettés glacés machin le remplir avec ça jusqu’à ce qu’il en crève comme ça dans son vomi assis ficelé sur sa chaise moche dans son fast-food tout autant moche froid gris malgré les couleurs fausses étalées là partout et la musique sortant des murs des plafonds des oreilles à force de l’entendre dans sa boucle chaque jour de l’été immobile lourd lent n’en finissant jamais ou seulement dans un automne pareil mais chaud en moins...

(...) mais évidemment le faire on ne le pouvait pas bien trop risqué un coup à se trouver avec les cops les feds tout le toutim dessus le dos exactement comme dans les séries TV dégoulinant des écrans en permanence lait concentré sucré le miel qu’on avalait alors la fermant supportant le con la bouffe l’ennui les salaires de misère l’autre en décomptant la moindre erreur de caisse la moindre erreur de commande la moindre erreur d’erreur ça fondant comme une glace vanille big size spécial top caramel craquant et cacahouètes grillées oubliée derrière sa vitre sale et à la fin sur le bulletin plus grand-chose restant et en tout cas certainement pas de quoi se payer le grand voyage vers autre chose que le trou du cul du monde libre capitaliste voire plus si affinités etc. tout ça se bouclant toujours à nouveau dans l’épave au bord de la route oubliée sous son arbre large comme le ciel à nous écouter faire nos plans sur la comète et sur la route et ça aurait pu durer comme ça longtemps peut-être jusqu’à ce qu’on s’habitue comme les autres et nos pères et nos mères et tout le monde ici et ailleurs...

(...) quand il arriva ça une palette mal emballée emplastiquée oubliée un peu sur le quai derrière le Walmart où on traînait sans trop savoir pourquoi à chercher une connerie à faire de bière pleine la palette une fée penchée un peu offerte petite vertu en somme et personne autour les gars déchargeant sans doute occupés dedans le magasin son dépôt à glandouiller picoler bavasser refaire le monde à force de mots on peut rêver on connaissait ça ne marchait pas certifié sur facture notre expérience témoignant les packs donc tentateurs nous de se pousser des deux coudes surtout qu’on savait tous que la caméra de sécurité collée là-haut ne marchait plus depuis des siècles depuis au moins des siècles et puis vas-y vas-y donc toi et toi d’abord et puis soudain l’un qui s’y colle court pique arrache à la volée à la palette deux packs de douze les autres pareils en moins de rien une belle pêche miraculeuse la palette du coup bousculée désaxée de s'incliner tellement et tant que de loin en s’enfonçant dans les fourrés derrière Walmart on l’a entendue se casser la gueule se vautrer grosse grasse et vlam le verre éclatant cristallin nickel ça ferait masse cacherait les disparues sous nos biceps accrochées bien heureusement d’ailleurs nous bataillant ferme dans les ronces autres saloperies à traverser...

(...) jusqu’à nous retrouver dans l’épave éclusant nos prises avant qu’elles chauffent trop nous chauffant à mesure selon le principe des vases communicants seule chose dont on se souvenait collège et encore très vaguement ça surnageant à peine radeau sur l’océan d’ennui de ces jours-là qu’en comparaison même le repas la dinde de Thanksgiving étaient funs l’iphone crachant un rap glauque incroyable et nous l’étant de plus en plus c’est à la je ne sais plus quelle bière que Joshua a dit ce qui allait tout déclencher Joshua ne disant rien d’habitude ou quasi ceci n’étant pas la moindre de ses qualités pour les autres on verra si cela vaut la peine d’en parler ce n’est pas le but de l’histoire Joshua donc rotant d’un coup très fort essayant de couvrir la musique en introduction de ce qui  suivrait puis il suffirait de piquer une caisse résonnant plus que les basses nos coeurs le bruit régulier des trucks là-bas toujours occupés à tracer des chemins illisibles du moins vu d’ici...

(...) et nous nous regardant du coin de l’oeil à savoir s’il était sérieux le Josh tous et chacun y ayant déjà pensé à ça la voiture volée de là à le dire le faire sortir de nous le poser sur la table en l’occurrence le tableau de bord rongé de l’épave c’était autre chose c’était rendre présent un possible un futur personne ne pipant mot les bières continuant se vidant les unes après les autres seul temps d’arrêt la voiture du shérif passant au loin sans même freiner simple rappel mais ça faisait longtemps qu’il avait renoncé à nous emmerder nous la piétaille son truc les voleurs de fruits pourchassés sur tout le comté c’est dire où on était et lui avec nous englué c’est seulement quand l’iPhone cessa de cogner que le silence devint une nappe empesée blanche lourde sous laquelle on étouffait que quelqu’un je ne sais plus qui a dit ok on va faire ça et là plus rien à rajouter tout le monde rentra cuver il fallait avoir la tête claire maintenant on passait aux choses sérieuses...

(...) ça nous a pris du temps attendre l’occasion idéale faute de savoir comment faire d’avoir les compétences nécessaires au collège jamais vu suivi l’option braquage de bagnole et la TV les séries tout ça vraiment pas pédago alors attendre tout simplement que le destin décide quand nous fasse enfin un signe et pour cela traîner autour des parkings églises motels magasins on connaissait depuis le temps on devait être au moins ceinture noire troisième dan dans la discipline même si pas olympique encore on y travaillait à notre modeste manière des jours et des jours alors coulant sous les ponts les mains dans les poches à guetter prêts tendus comme des guépards surveillant tous ceux qui laissaient les fenêtres ouvertes papiers sur le siège sacoches ordinateurs bébés chiens moteur tournant pour la clim garder l’air frais consommer l’essence tant que c’était possible que tout ne s’était pas effondré encore et tant pis pour le reste du monde de toutes les manières il n’y avait pas de reste du monde ici seulement l'Amérique et nous autant dire la même chose une seule patrie toutes ces âneries...

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