Tumulus

Onglets principaux

À gauche du chemin qui fait sa boucle avant d'aller au droit vers la forêt là-bas il y a le ruisseau où les enfants toujours jouent dedans la boue et les herbes coupantes hautes du bord de l'eau et toujours ils se coupent mais leur sang coule à peine alors ils jouent encore jusqu'à ce que le soir vienne depuis les bois sans crier gare et les pousse à rentrer très vite. Si l'on regarde bien on voit que la terre sur la droite dans les champs tous plats lève une bosse mais elle est là à peine, personne n'y prête garde que les paysans qui oublient vite et passent vers d'autres champs, d'autres travaux, ils ont tellement à faire que le temps leur manque pour compter l'horizon et penser à en raboter les buttes mortes. Tout ça n'est pas grand chose, une toute petite levée, personne ne sait de quand elle est posée ici, elle pourrait bien rester que cela n'empêcherait personne de dormir et celui qui dans son bureau tout lambrissé brillant doré là-bas en préfecture signe au bas du papier ne sait même pas de quoi je parle, les petites bosses de terre, ce n'est vraiment pas son affaire et celle-là est bien trop loin pour qu'il puisse la voir alors il signe et tout commence.

Au-dessus et puis dessous il y a deux villes dont les noms ne nous importent pas qui sont dessus et puis dessous si l'on regarde une carte peignant toute la région où est cette petite bosse même pas assez poussée pour que les courbes de niveau en tracent les contours. Ce sont de grandes villes, elles se haussent du col et se détestent cordialement, elles voudraient bien ignorer l'autre mais ne peuvent pas faire comme si au-dessus ou dessous l'autre n'était pas là posée en carte et puis en vrai avec maisons et puis immeubles et puis des rues et tout ceci qui fait une ville, toutes ces personnes, et tout ce bruit, qui étourdit. Elles se détestent mais heureusement, entre elles deux, il y a cette immense plaine plane les isolant l'une de l'autre et leur permettant de s'oublier quand elles le peuvent, si elles le veulent. Elles ne le veulent pas souvent et puis, avec le temps, cette modernité qui ne passe pas, se tient toujours juste quelques années devant en les obligeant à lui courir derrière, la mondialisation dont tout le monde se drape, elles ont en fait toujours à se parler, et de plus en plus même. C'est bien fâcheux et les oblige à tirer donc entre elles des traits qui sont des voies de chemin de fer et puis des routes, des autoroutes, ce genre de choses. C'est cela qui explique tout.

C'est déjà presque tout un décor, deux villes et puis entre elles une petite levée de terre au bord du ruisseau où les enfants maintenant ne sont plus à se jeter des paquets de boue parce que c'est drôle, tellement drôle, partis qu'ils sont faire leurs bêtises ailleurs, hors de notre vue, ce sera peut-être juste des cabanes perchées dans des arbres sans fin à l'autre bout des champs, on ne les voit même pas d'ici et même pas en se poussant à bout de pointes des pieds, il y a tout un village au beau milieu qui remplit son espace et ne sait rien non plus de la bosse qui nous occupe mais n'occupe donc personne d'autre, cela ne durera pas, le stylo à plume d'or qui trace un nom d'une encre distraite vient de déclencher toute une histoire, un enchaînement dont les premiers éléments étaient déjà là bien avant tout et attendaient simplement que quelqu'un se décide à dire oui. Le stylo termine son paraphe, tourne le carton, passe à la feuille suivante, signe aussi, et ainsi de suite jusqu'à la fin du parapheur, le jour avance, on voit que les lambris dorés changent de couleur doucement, c'est la lumière prenant son chemin et allant comme elle le veut, par les fenêtres ouvertes chuchotent la rue et la fontaine et puis le détourné du fleuve qui tombe de cette sorte d'écluse que personne jamais n'a vu baissée complètement, dont on distingue pourtant par le dessus, depuis la passerelle, la mécanique énorme, elle doit bien avoir un usage, peut-être seulement décoratif, l'homme referme son stylo, réajuste sa cravate, il doit encore filer à quelque pince-fesse où on attend son officiel discours, laisse la porte ouverte à sa sortie et c'est son assistante récupérant les documents qui lance la machine de la suite.

Quelques années avant, pas tant que ça et bien moins que l'avant dont il sera question après, quelque élu quelque part a eu cette idée un matin en se rasant qu'il fallait une route qui aille d'ici jusque là, une route qui rapprocherait l'ici et puis le là tout en laissant une trace, une trace de celles que personne ne saurait oublier et certainement pas ses électeurs, on connaît la chanson et sa chute connue, le temps qui passe lavant tous nos affronts en faisant disparaître sûrement toutes nos oeuvres sous l'humus des siècles, le gras lard qu'il pose lentement sur nos petites choses, et les plus grandes aussi, on sait que les routes peuvent en être et dans les forêts du village d'ailleurs où est la bosse qui nous occupe passait jadis une voie romaine dont il ne reste témoignage, du moins, rien que le commun des mortels puisse distinguer quand il se promène sur le chemin actuel, une balafre qui va droit tranchant en deux la masse verte, sous lequel est enfouie à peine si l'on en croit les archéologues une chaussée où couraient les chars d'alors et leurs chevaux luisants comme rapides. Son after-shave donc étalé puis sa cravate nouée, l'élu a fait ce qu'il fallait pour que son idée puisse devenir du bitume et le reste, bas-côtés, virages secs et glissières ad hoc, et bel et bon argent aussi et puis emplois qui en découlent et tout cela qu'il saura vendre enfin en échange de voix, ne nous attardons pas, il a convoqué l'un de ses assistants, un jeune homme aussi apprêté que ses dents sont longues, et lui a simplement montré une carte en disant sans détours "je veux une route qui fasse ça" ce qui sur le papier, nonobstant les difficultés que l'assistant connaissait mais dont il savait déjà comment les contourner, ne semblait pas grand chose à faire, ce qui faisait que la suite était toute tracée ou presque : quelques dossiers quelques débats quelques mois longs plus tard un peu de sueur et d'ouvriers et l'on pourrait inaugurer, c'était une affaire entendue.

Pour ce qui concerne la bosse elle dépare donc dans la vallée toute plate ou presque, c'est sur le fond qu'on est, sur un plateau, autour bien entendu sont des collines mais à part elles on dirait comme une main, cela fait creux et plis mais tout de même les choses vont en douceur, on ne passe pas d'une altitude à l'autre soudainement alors que là, dans ce champ-là, quelque chose ne va pas et l'oeil ne s'y trompe pas qui s'y accroche à chaque fois et prend dedans sa gêne l'esprit de qui regarde qui se demande ce que c'est donc, et en discute avec un autre, et puis un autre, on parle de ça au coin du feu ou bien du zinc, on se raconte des histoires qui sont de hier et de bien d'avant, on se raconte toutes ces choses inventées dont on pense qu'elles pourraient bien être vraies, que dessous ça, cette herbe rase qui est plus haute, il y a quelque chose d'enterré dont la mémoire s'est perdue, un rocher, une chapelle, une maison toute brûlée, on ne sait, celui-là se souvient qu'il a su et puis non, il se trompe, il repaye une tournée, on oublie, les feuilles tombent puis la neige les suit, et quand vient le printemps il y a tant à faire que personne ne s'occupe d'une bosse haute comme ça dans un champ large comme ça, puis une année suit l'autre et pendant tout ce temps dans la ville là-haut sous les ors tranquilles le dossier de l'élu suit son bonhomme de chemin alors même que l'élu ne l'est plus, une élection est passée, il a rendu son écharpe ou son siège, on ne sait plus, on l'oublie lui aussi, mais pas ce qu'il a déclenché, pas cette idée qui est devenue une évidence puisque tout le monde en parle maintenant sans plus en questionner la pertinence, l'origine, et que de débats en enquêtes puis en simulations et en validations, elle a passé toutes les étapes qui transforment les idées nées sous la mousse à raser matinale en lignes sur les cartes, autant dire, en réalités, en ce qui fait nos horizons, voilà bien des détours pour dire que la signature dont il a été question auparavant a fait tomber la dernière digue, celle derrière laquelle sont les engins de chantier et que là, ce bruit que l'on entend, c'est celui qu'ils font tous quand ils se mettent en branle, quand on creuse la terre.

Un matin donc, après avoir traversé la forêt où les herbes et les arbres n'en finissaient pas de s'écouter s'égoutter, une camionnette blanche a longé les étangs sous les regards indifférents de trois hérons endormis presque encore, a pris les virages les uns après les autres comme s'ils avaient été les folles courbes d'un circuit Formule 1, s'est garée là au bord d'une route tous warnings clignotants, il y avait partout cette brume effilochée, un très mauvais coton, il valait mieux pour commencer éviter l'accident et personne de fait ne remarqua vraiment ce jour-là les deux hommes qui passèrent quelques longues minutes, assis sans sortir du véhicule, à pianoter sur les claviers des PC portables tout terrain maintenant posés sur leurs genoux emballés d'une toile rude, de celle dont on fabrique les vêtements de chantier, ce tissu-là, rêche et brillant un peu et toujours surpiqué de bandes fluorescentes, comme si cela ne suffisait pas d'être engoncé là-dedans, il fallait encore être vu de loin ce qui, donc, n'arriva pas : les voitures qui passèrent à cet instant précis étaient toutes, par un hasard énorme, celles de ceux qui traversent le village mais n'en sont pas, ne font qu'aller d'un côté à l'autre de la vallée, ne se préoccupent donc pas de ce qui agrémente le chemin, ils ont bien trop à faire, ils essaient juste de n'arriver pas en retard pour embaucher et passèrent donc sans prêter garde aux deux hommes qui, leur tâche terminée, redémarrèrent pour aller se garer plus loin, et puis plus loin, et puis plus loin, sortant rapidement du cadre de l'histoire et ne laissant derrière qu'à peine quelques brins écrasés aux bas-côtés, les grands bouleversements commencent souvent d'un rien du tout, c'est cela qu'on attend.

Ce qu'ignorent ceux du village, eux qui n'ont d'ailleurs rien vu, on pourrait bien n'en parler pas mais tout de même, cela fait part de cette histoire, pose un décor, c'est que cette camionnette n'est pas seule à sillonner ainsi, à s'arrêter partout. Avec elle, dans le même temps, c'est en fait toute une armada de véhicules exactement pareils, pilotés par des équipes de mêmes hommes ou presque, on voit bien que sous la sorte d'uniforme qu'ils portent, ils sont autant de différences, qui entre les deux villes pose partout les taches blanches de leur équipement, des champignons ne restant pas en place. Ce qu'ils font tous autant qu'ils s'agitent est assez simple quoi que laborieux, et consiste en un relevé précis du monde, du moins, de cette partie du monde posée entre les deux cités et sur laquelle, puisque l'élu jadis qu'on a presque oublié déjà l'a décidé, une route doit venir, on ne sait pas encore vraiment où et c'est pour cela qu'ils sont donc là, seulement pour ça, vérifier que les cartes déroulées partout dans les bureaux, et le moindre petit tronçon de bitume noir, le moindre fossé, le plus petit arpent de terre, sont dans une concordance, en gros et résumé, que la réalité est celle qu'on a a dessiné jadis et qu'on va transformer en commençant par son reflet, des cartes encore, avant que de porter sur le terrain, la terre, les traits qu'on a posé au crayon gras sur le papier épais, rigide, ayant toujours ce léger touché de ciré, qu'on voit bien étalé sur les grandes tables d'où des ingénieurs à cravates noires et lunettes sérieuses changent l'horizon, le remodèlent à toute façon, ça fait rêver un tel métier mais au village tout le monde s'en fout, personne n'a jamais prêté attention aux routes, à qui les fait, elles sont là comme il faut, le reste ne questionne personne.

Les choses n'avancent pas vite. Un tel chantier se décide comparativement rapidement mais il ne démarre pas comme ça, d'un claquement de doigt, d'un simple paraphe en bas d'une page, et la préparation de la première tranchée prend tellement de temps qu'il s'en faudra longtemps encore avant qu'une pelle renverse la première motte, creuse son premier trou. En attendant, au village, les choses vont comme d'habitude, ni plus, ni moins, dans cette permanence des choses qui s'étalent quand elles sont chez elles en l'espace exact où elles étaient auparavant, une routine en somme : les saisons passent, les ruisselets débordent, les vaches fuguent de leurs prés et les paysans derrière les poursuivent et cela prend parfois des jours entiers avant qu'on parvienne à réduire la bête à force de ruse, à force de chiens, dans quelque taillis d'où engoncée dans les ronces terribles lassée griffée elle ne voudra plus sortir, où on pourra enfin s'en approcher avec toute la prudence qu'il faut, un coup de sabot peut briser net une jambe ou même tuer le maître, se glisser doucement vers elle, écouter sa respiration affolée essoufflée, lui repasser une corde tout autour du cou et la tirer, morte ou quasi, jusqu'à l'étable tiède où elle s'écroulera pour dormir, les gars autour en discutant ensuite pendant des heures se réchauffant, cafés et pousse-cafés, on l'a bien mérité, le chien énorme qui pose sa gueule sur les cuisses bleues aura même droit à son sucre blanc, on rit mais on sent bien qui vient la fatigue froide de l'hiver, celle qui se glisse le long du dos, monte aux épaules, saleté de bête, on va rentrer, la course a bouffé tout le jour, dehors quand on quitte le refuge de la ferme basse, la chaleur énorme des animaux, l'obscurité est là déjà dégoulinante dans chaque recoin qui semble attendre de nous saisir il faut marcher très vite pour s'échapper, résister au grand froid qui gagne toujours et c'est mystère alors ces histoires de route, vraiment, tout le monde s'en fout et l'on s'enfuit marchant épaules rentrées et poings au fond des poches, c'est petite manière de lutter en sachant qu'on perd déjà.

Lui pour ce qui le touche ne chôme pas qui sait déjà qu'il va chapeauter tout ça, le chantier, les hommes, qui commence à couvrir les murs de son bureau de diagrammes, plannings, rétro-plannings s'avérant autant d'outils dont il se sert pour organiser les fourmis loin, là-bas, qui changeront la face du monde. Il s'appelle William. On n'en saura pas beaucoup plus sur lui et ce prénom est déjà beaucoup, c'est le premier de ceux qu'on croise ici à avoir un prénom, les autres pour le moment n'ont été que des ombres, la plupart le resteront, lui manipule loin de tout ses outils qui jonglent avec les règles d'un grand jeu passerait pour vidéo s'il n'avait pas des conséquences réelles, s'il ne produisait pas, tout à la fin d'enchaînements dont la plupart d'entre nous sont incapables de les concevoir mais pas lui, donc, dont c'est le métier, de grands changements dans la réalité, de nouvelles balafres au visage du monde dont William, ainsi, prépare la prochaine, seul ou presque, et sans savoir, d'une part, que chacune des décisions qu'il va prendre maintenant va s'emboîter précisément dans la suivante jusqu'à aboutir au pli de terre qui nous occupe ; que d'autre part, il doit mourir un jour, bien après cette histoire, sur l'un des chantiers qu'il programmera toujours, écrasé par un bulldozer effectuant une marche arrière quelque peu hasardeuse et dont, comble de malchance, les avertisseurs sonores de recul n'auront pas fonctionné, ce qui fait que William terminera sa vie écrasé comme une crêpe, le visage enfoncé dans la terre ameublie pourtant par les charrois des chantiers mais restée dure assez pour qu'il ne s'en relève pas, cela prêterait à sourire s'il ne s'agissait d'une mort d'homme, celui-là même qui ce soir, comme je parle, est encore attablé à manier sans avoir l'air d'y toucher un futur bien vivant, les esquisses d'une route.

Or donc voilà à un moment que ça commence, je veux dire, vraiment : à l'aube des hommes arrivent sur un dépôt, ils sont éveillés déjà depuis longtemps, ils habitent loin, la plupart sont des intérimaires qui s'engagent là sur un chantier dont ils ne savent rien sinon qu'il sera ce qui va leur pomper leur sueur et leurs forces en échange, à la fin du mois, de quelques chiffres sur un bulletin de paie qu'ils serreront avec les autres dans les grands classeurs gris où s'entassent ces feuilles mortes et leurs années jusqu'à ce que cela suffise à prendre une retraite, si le corps suit encore, il est tôt, ils sont là pour ce labeur qui vous laisse le soir hébété de fatigue et de crasse endormis tout au fond de l'auto, c'est un autre qui roule, on se tasse à plusieurs, toutes les économies sont bonnes, plus tard, quand la route avancera comme un ver, on dormira plus au près, là où la société de BTP trouvera à les héberger, des gîtes, des hôtels qui n'en ont que le nom et dans lesquels tous les clients ou presque seront ceux du chantier comme on les nommera dans les parages le temps qu'ils y seront, ils savent tout ça, ce sont des sortes de vagabonds, une confrérie, c'est même leur métier que de n'être jamais dans les mêmes lieux mais pour l'instant ils battent la semelle debouts en rond, ne se connaissent pas ou alors parfaitement pour ceux qui ont oeuvrés ensemble avant, certains se serrent la main, il y a parfois une bourrade, quelques exclamations, on parle déjà très fort puisque personne n'écoute vraiment et que par là les engins chauffent maintenant avec leurs moteurs animaux qui crachent gras et larges comme deux mains grosses, il y a toujours là-dedans un qui ne parle pas, ne bouge pas, attend, on ne sait quoi, peut-être ça, que ça se taise quand arrive le chef, il n'a pas besoin de le dire, on sait que c'est le chef, des signes qui ne trompent pas, pas la même fatigue, pas tout à fait l'usure, des yeux qui vont tout droits, il hache quelques mots et puis tout le monde embarque, on creusera dans la journée les premiers trous, faire une route c'est d'abord faire le vide.

Tout ça se passe loin du village encore, de la vallée en vrai, cela n'intéresse donc personne et puis personne ne peut savoir que ça a commencé même si dans les journaux de minuscules entrefilets ont évoqué une route, le début du chantier, tout cela est tellement loin, ce pourrait être de l'autre côté des océans, quelques lignes en bas d'une page pliée repliée passent inaperçues et même si quelque part, dans une maison ou bien une autre, une femme qui a pour habitude de lire à haute voix pour la tablée le quotidien qu'elle a trouvé sur le pas de la porte a conscienceusement déchiffré de sa voix haute et claire l'annonce des premiers creusements, c'est resté lettre morte, on veut bien croire tout ce qui est écrit mais là, on attendra pour croire de voir, c'est le syndrome de Saint Thomas, c'est maladie courante ici, on croit ce que l'on voit, les pierres, les arbres, la terre, le reste reste des mots, la femme continue sa lecture et l'on entend seulement qui l'accompagnent comme elle avance les bruits des bouches qui mâchent, c'est le casse-croûte matin, il faut manger pour vivre, dehors tout à côté il y a les bêtes et cette légère brume qu'elles font l'hiver à ras de poils, ça sent la vache toujours, il ne reste plus que quelques jours pour pouvoir les sortir au pré avant qu'elles restent à l'étable, justement il faut les y mener, elles vont fermer la route le temps de dix minutes de leurs dos ronds, de leurs mamelles qui dansent, le pré est celui de la bosse, les vaches n'en ont que faire, c'est l'herbe humide qui les attire, elles broutent sitôt rendues et même le paysan qui attache la clôture s'en fiche aussi, ce qui compte c'est de clore et de ne pas oublier le fil de fer en haut qui assure le tout, on verrait bien le cirque si quelque fourbe de ces bêtes-là se sauvait au village.

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