Révision de Une cabane du mar, 02/25/2020 - 14:37

C'est donc un pont que nous montâmes, un pont comme ça, de même construction en bois que la cabane qu'il rapprochait d'un seul coup de nous — sans lui pour rejoindre à ce havre, cette cabane, nous devions faire le tour et donc suivre la départementale grise jusque après la patte d'oie, atteindre ensuite à l'ouvrage d'art qui traversait le cours d'eau, revenir le long de lui dans l'herbe haute ou les roseaux aux têtes noires, gracieuses, toujours effarouchées ; ou bien dans l'autre sens nous enfoncer vers la forêt, sur une route où ne passait qu'une seule voiture de front, on se croisait comme on pouvait, c'était rarement, et puis faire de même, reprendre la rive en parcourant cette fois des terres inconnues où un bosquet dissimulait un étang presque abandonné, il y avait un banc mangé déjà, une clôture fermant le tour, personne jamais pour y pêcher, ce pouvait être un simple décor, une illusion, nous n'en aurions pas été étonnés.

Là cachés aux adultes, la boue nous devenait un matériau magique dont nous faisions de minuscules barrages vite emportés, des ports pour accueillir nos nefs de brindilles, de feuilles mortes, des batailles aussi durant lesquelles nous nous jetions en plein visage ce limon gras noir comme jamais qui nous laissait des traces partout que rien ne faisait disparaître, c'était une encre en fait servant à marquer nos forfaits, nos mères en trouvaient traces quand nous revenions après une toilette aussi poussée qu'il nous était possible mais qui ne suffisait jamais, nous finissions punis, un peu lassés aussi d'être trempés toujours, et pris la main dans le sac à chaque fois encore. Quelques années passèrent. Nous l'oubliâmes tranquillement, pensant encore parfois aux grappes d'œufs de grenouilles où nous plongions fascinés nos mains dégoûtées, et puis bientôt, même plus.