Révisions pour « Roses »

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dim, 02/03/2019 - 18:35 par dbourrion
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dim, 02/03/2019 - 18:33 par dbourrion

[...] cela bruisse de toutes parts, leurs sabots lourds écrasent la paille propre qu'elles souilleront rapidement et la sorte de caniveau prévu pour recueillir l'essentiel de leurs déjections et qu'il fallait dégager au balai de chantier n'y fera pas grand chose, lorsqu'on longe leurs masses leurs queues viennent parfois vous fouetter si l'on passe trop près, on apprend vite à rester large, elles font juste sur la droite deux longs alignements de culs et de ruminements et entre au plein milieu il y a un passage qu'on prendra par la suite séparé des grosses bêtes par deux murets gris sales aux sommets arrondis, à gauche je me souviens de la cuve d'inox où arrivait le lait et c'est dedans directement que la fermière plongeait sa louche longue pour emplir nos bidons mais ce n'est pas l'histoire cette fois, on va donc sur la droite pour pousser une porte qui résiste parfois, derrière cela remue de part et d'autre sitôt qu'on entre tous derrière notre hôte dont je ne vois que la moustache dans l'épaisseur maintenant tombée du temps et j'ai à poser ça un doute, s'il y avait moustache, il y a quatre stalles peut-être avec la porte et les barres verticales et l'auge et ça s'agite de plus en plus avec force grognements, ce serait une panique ou juste la faim on ne saura jamais, il leur manque la parole...

[...] La mère n'est jamais là, elle tuerait tout le monde sans coup férir si l'on venait à s'approcher en sa présence alors elle est ailleurs, sans doute dehors, ce sont de grosses silhouettes roses qu'on voit au loin vaquer avec leurs mamelles innombrables lorsque l'on quitte le village en direction de M** qui traînent sous les arbres ou bien s'y grattent le dos, tout bouge du tronc à la plus haute des branches, il n'y a jamais de fruits cueillis par là, ils n'ont pas le temps de mûrir, elles ont eu tellement de portées qu'elles ne s'en souviennent sans doute plus mais il reste l'instinct de défendre ses petits...

[...] le noir dedans arrête les cris, au sol la jute est comme vivante lentement remuant à mesure que dedans la petite chose rose explore ce qui n'est plus que piège, on fera de même pour les autres et puis finalement c'est deux ou trois sacs noués vivants à charger en brouette, on imagine l'honneur de celui qui peut pousser cela jusque dedans la rue et puis vers la maison, toujours l'un d'eux lâche sa crotte et le cortège dans le soir venu s'en va dans une odeur musquée, des reniflements, on ne sait plus, des hommes ou bien des porcs, qui sent ainsi si fort.

[...] Les mois qui passent ensuite les font devenir gros et gras quand roses ils demeurent, propres toujours malgré ce que prétend l'insulte, ils sont soigneux pour peu qu'on prenne le plus grand soin de leur espace, qu'on débarrasse chaque semaine ce qu'ils laissent d'eux, de leur sanie, dans toujours le même recoin, c'est cela aussi qui montre cette sorte d'intelligence qu'ils ont, et chaque samedi c'est la corvée qu'on tente d'éviter mais cela ne fonctionne jamais, aucune stratégie n'est efficace, il y a toujours ce moment, quand on pensait que le père avait oublié, où il nous disait de ne pas traîner à aller les nettoyer, et cela sur le ton qui disait qu'il n'y avait rien à dire...

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