Révision de Tombeau #5 du ven, 04/18/2014 - 14:47

Je ne retrouve quasi aucune trace de toi après la Communale dans le grand brouet qu'est ma mémoire avec son temps là-dedans trop liquide et dans lequel je cherche armé d'une ridicule fourchette de mots de quoi revenir vers le passé, m'en souvenir. Tu es pourtant forcément là dans ce collège minuscule : les choses sont faites ainsi que nos vies sont tuyaux dans lesquelles on s'engouffre et là, le tuyau de l'école, on ne s'en sort pas comme cela avant d'avoir seize ans, on ne prend pas facilement la fuite malgré les allées buissonnières toutes proches dont on devinait pourtant le débouché derrière les bâtiments avec leur peau grise pelant semblant celle de vieux éléphants qui nous auraient avalés chaque matin, recrachés le soir à peine changés, lestés seulement, de mots, de ceux dont on se servirait plus tard, et maintenant encore, ils sont toujours les mêmes, ne s'usent pas, font bon emploi, me servent à donc parler de toi que je ne trouve pas dans le paysage de ce temps-là maintenant délavé, troué, bouffé aux mites dans les coins. Tu es forcément là, mais je ne te trouve pas dans la masse indistincte que font les silhouettes à l'arrière-plan et c'est cela que tu es donc, un arrière-plan à ce qu'est à ce moment-là ma vie comme je suis sans doute un morceau de l'arrière-plan de la tienne. Je ne peux plus te le demander, tu ne pourras pas me répondre mais je me demande quand même, si les places étaient inversées, si tu saurais me dire où je suis dans le décor qui était le tien alors.

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