Grenade MK2

Il se souvenait du jour où il avait emprunté le vieux Ford pour rouler tout droit pendant des heures sur une route au bord de laquelle il n'y avait pas grand-chose à trouver. Finalement, il avait commencé à ressentir une forme de vide, une lassitude. Il s'était garé sur le bord du bitume, avait coupé le moteur qui tournait comme une horloge malgré son âge, était sorti, avait encore marché une ou deux centaines de mètres. Tout autour de lui, la terre plate était parfaitement silencieuse maintenant. Il était resté là de longues minutes, écoutant le vent raboter les alentours. Dans le ciel qui couvrait l'immensité d'un couvercle bleu défait passait un oiseau tellement haut qu'on ne savait pas ce que c'était. Hors cela, il n'y avait rien, et rien sans doute plus loin en mesure de changer sa vie, du moins, autant qu'il pouvait en juger. Il avait craché sur le sol, était revenu vers le camion, avait fait demi-tour. Ce jour-là, il avait eu le sentiment d'avoir atteint à ses limites, du moins, à celles qui l'intéressaient. Rentré chez lui, interrogé par Pearl inquiète de l'avoir attendu tellement de temps, il avait juste répondu qu'il était allé jusqu'aux frontières de l'univers. Ils avaient ri ensemble. C'était assez rare pour que ce jour le marque une seconde fois.

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