La cicatrice, elle est toujours dans ma paume. Tu la touches à chaque fois que tu me serres la main. Ce que tu touches, c'est un bout de mémoire, le souvenir d'un clou, celle d'un radeau qui n'est finalement jamais allé sur l'eau parce que toute cette histoire a empêché qu'on le teste et qu'il est resté là des mois inachevé avant que le propriétaire du terrain vire le merdier que c'était devenu. Tu touches un jour d'automne, un mercredi après-midi qui ne se termine pas, des planches de sapin toutes tordues, des bidons vides et verts, des mètres de ficelle jaune, des gamins dans des fringues raides de boue, de toute une sanie écoulée des égouts, qui venait droit des tripes de la moitié du village. Aussi, la limonade pas bue ce jour-là, mais quelques semaines plus tard, quand mon pansement énorme devenu un sparadrap très large puis un bidule de rien a été retiré en même temps que les fils qui tenaient ma paume ensemble le temps qu'elle cicatrise. Que j'ai pu frimer comme jamais dans le garage où on buvait un coup à ma santé, à ma main conservée, au fait que je n'étais pas sorti de l'aventure manchot.