Le truc surtout qu'on aimait, là-bas, c'était cette petite salle où des historiens s'étaient acharnés à reconstituer une tranchée avec tout le bazar autour. On y trouvait un cirque indescriptible, à croire que personne ne prenait le temps de ranger ses affaires pendant la Grande Guerre — nos chambres auraient été dans un tel état, nous, on se serait retrouvés privés de télé pour au moins trois mois, minimum. En fait, on ne dinstinguait pas grand-chose tellement tout semblait peint d'une grisaille qui était, comme le guide le disait avec sa voix de basse, la terre remuée tellement qu'à force, elle recouvrait tout de sa patine lugubre. Il parlait bien, le guide, même si nous, on était surtout intéressés par se montrer les trucs qu'on reconnaissait dans ce bordel, des morceaux de fusils, des lambeaux d'uniformes, un tronc d'arbre tordu comme on n'en avait jamais vu, de la vaisselle en tôle, des fils barbelés en veux-tu en voilà et puis surtout, ici ou là, des morceaux de corps qui nous faisaient bien marrer. Enfin, quand les copains nous regardaient parce que sinon, lorsque personne ne nous voyait, on était pas trop loin d'en dégueuler tripes et boyaux.

Reste qu'on y passait cependant que des haut-parleurs planqués diffusaient un barouf de bombes, de cris, de tirs, de gémissements, une bande-son horrible qui nous foutait le bourdon, faisait se lever les petits cheveux qu'on a dans la nuque, que le coiffeur rate toujours, au moment où on entendait le sifflement d'un obus en train de nous venir directement dessus, prêt à nous découper en charpie que les rats mangeraient au dessert. C'était vachement bien fait. On s'y serait cru. C'était presque une attraction, mieux que celles des parcs de jeux que les chanceux parmi nous, qui y allaient parfois avec leurs parents blindés de fric, nous décrivaient à leur retour aussi exaltés que s'ils revenaient de la Terre Sainte, du Paradis.