La nuit d'avant, le vent a apporté le sable d'ailleurs. Ils disent qu'il arrive d'un désert dont nous n'imaginons même pas à quel point. Qui serait seulement de jaune, partout où l'on regarde, sinon au-dessus où c'est un couvercle trop bleu qui vient parfois teinter jusqu'aux visages. Nous n'avons ici que du vert. Notre seul jaune est celui des fleurs de pissenlits, mais eux qui ont vu le désert disent que c'est un autre jaune. Quelque chose de plus fauve. Il faut se faire son idée.

Nous n'avons pas été là-bas, comme eux, ceux qui étaient en bas perdus parfois entre les dunes, ou qui passaient au-dessus, de loin, dans des avions flottant sans que l'on comprenne bien comment. D'où l'on regarde, paraît-il, en bas, sans éprouver le moindre vertige tellement on se sent loin de cette terre. Tellement aussi l'air qui vous porte semble solide, comme les courants d'air qui poussent les avions pour qu'ils aillent plus vite.

Les mêmes, apparemment, qui transportent le sable, l'aspirent, le prennent dans leurs bras inaltérables, puis le chahutent longtemps pour l'éloigner de lui avant de le laisser tomber dans les bras d'une pluie que le désert ne connaît pas. Qu'il finit par abandonner pour retrouver la solitude qui est la sienne, où il se tient debout, faisant des murs que l'on voit apparaître dans le lointain, une tempête.