Une chaise sans assise dans un coin de parking

Il se gara à sa place habituelle. Il avait une place préférée partout où il allait. Soigneusement choisie à force de revenir. De prendre son temps. D'explorer chaque centimètre carré de l'aire jusqu'à en construire une connaissance quasi intime. Infiniment supérieure, probablement, à tous ceux qui ne faisaient que passer là. S'arrêtant quelques minutes, quelques heures, pour pisser. Boire un café. Se reposer. Dormir. Lire. Étudier une carte. Préparer un trajet. S'engueuler. Faire l'amour. Se changer parce que leurs vêtements étaient sales ou inadaptés à la température de l'habitacle. Grignoter un sandwich, une salade. Avaler discrètement la moitié de la bouteille de blanc planquée dans le coffre entre les affaires familiales entassées pour les vacances (le reste de la bouteille serait vidé au prochain arrêt). Se dégourdir les jambes, les bras, en faisant de grands gestes. S'amuser avec les gosses à faire des signes aux camions lancés pleine vitesse de l'autre côté de la glissière de sécurité. Camions qui parfois, s'étaient arrêtés aussi. Garés plus loin, dans la zone à eux réservés. Se serrant les uns contre les autres pour laisser moins de prise au vent déboulant. Et entre lesquels les chauffeurs installaient leur bazar qui serviraient le midi, le soir, pour se chauffer quelque chose. Sur un réchaud à gaz mal calé, tenant par hasard. Autour duquel diverses nationalités, physiques, langues, destinations finales, tenteraient d'avoir une conversation le plus souvent sans queue ni tête.