Dans l'autobus il n'y a plus que moi. Et le chauffeur, dans sa blouse grise, qui termine sa tâche. Sort et puis range le disque en plastique mou qui témoigne de son labeur. Qui est caché (le disque couvert de minuscules lignes noires sur fond blanc disant le temps et la vitesse) sous une sorte de compteur se basculant avec une clef — je voyais ça, aussi, dans les camions environnants. Puis qui se lève (le chauffeur), éteint son transistor encore chuchotant, enlève sa blouse puisque tout est fini. Quitte son poste, en entrouvrant, fermant, la sorte de portique métallique le séparant des voyageurs. De nous. De notre agitation en temps normal, de notre rien ce soir. Puis va pour parcourir les sièges tous vides ou presque puisque je reste, vérifier que nul sac, un pull, un bonnet ou une pince à cheveux, n'a été oublié. Qui resterait là oublié de partout durant les deux mois qui commencent. Lève la tête, et me découvre, toujours assis, comme paralysé. Sur ma banquette au fond. Caïd solitaire dont nul ne peut avoir peur — nul ne sachant les noirs desseins s'agitant dans ma tête. Enfin, s'agitaient jusque-là, puisque maintenant, depuis l'épisode des mains, je suis un arbre sous la bourrasque de ses sentiments.

Image : CactusbonesI love splitting woodCC BY