Ce jour précis, le fond sonore de la scène coule d'un transistor. Mais pas le minuscule caché dessous mon lit, qui y reste toujours, ne sort jamais de l'ombre où courent des moutons de poussière. Cette fois, c'est une grosse machine maculée de peinture. Devenue on ne sait pourquoi trop lourde, ou moche, pour demeurer sur les chantiers d'où elle vient. À moins qu'un autre, plus gros, à la puissance plus élevée, ait pris sa place. Doté peut-être, pour le nouveau qui à cette date doit déjà être recouvert de toutes les scories qu'on trouve sur un chantier, d'un lecteur à cassettes. Permettant de se détacher de la dictature du flux de la radio. De choisir sa musique. De remplir les espaces déjà sonores des bruits que font toutes les machines, les ouvriers, avec SA propre mélodie. Venant au-dessus des autres, ou à côté, y mettre du sien. Rendre le mille-feuille encore plus dense aux oreilles. Plus plein. Puisque quand même, le jeu quand on travaille dans ces lieux semble d'être de tout remplir jusqu'à ce que ça déborde par les fenêtres, les portes même pas encore posées. Puisque comme dans tout chantier, des retards font qu'il manque des morceaux. Empêchant les autres corps de métier de faire leur part à temps. Jusqu'au moment où, excédés ou bien pris à la gorge par leurs propres délais, leurs engagements, ils attaquent leur tranche. Sans plus vraiment tenir compte des manques. En s'arrangeant. On trouverait ensuite une solution. On s'arrangerait. On bricolerait pour que ça tienne. Fonctionne. Surtout, ne se voie pas. Pas tout de suite. Il fallait juste que ça tienne le temps de la visite finale actant de la bonne facture des travaux qui étaient prévus.

Image : CactusbonesI love splitting woodCC BY