Pour le moment, ça continuait. Comme s'il pouvait mettre en place l'alternance, la rupture dont il prétendait être le porteur. Tel un train à présent sur ses rails avançant. Ce qui aboutissait dans les journaux à des articles longs plus que le poisson qu'ils emballaient. Des débats à la radio, la télévision, pour nous incompréhensibles. Dont nous ne savions pas qu'ils se terminaient, la caméra éteinte, autour d'une table de brasserie où tous se retrouvaient en se tutoyant. Après avoir joué à faire déraper leurs échanges publics en foire d'empoigne entre chevelus d'une part, rasés de très frais de l'autre. Dans des simulacres théâtraux nous échappant parce que nous n'avions pas les outils pour les comprendre. Pas le vocabulaire. Pas les codes. Pas la culture. Confits que nous étions dans notre naïveté, aussi, nous amenant à croire que tout cela était du vrai. N'était pas juste un spectacle dans lequel se lançaient des individus issus, en fait, quasi toujours, des mêmes écoles. Des mêmes parcours. Des mêmes lieux dont nous n'avions pas la moindre idée. Où nous n'irions jamais. Où l'on ne nous laisserait même pas entrer, d'ailleurs, si nous l'avions tenté. Avec nos fringues mal taillées achetées sur les étals des marchés du mercredi. Aux couleurs mal assorties, criardes, nous marquant plus sûrement que des fers rouges. Dans nos chaussures à dix francs qui nous faisaient autant d'années si l'on pouvait. Si elles tenaient. Ce qui n'arrivait pas souvent tant on avait à les porter chaque jour puisque c'était la seule paire que nous avions. Issue souvent des pieds de nos aînés. Au mauvais cuir déjà tellement déformé que c'était à nos pieds de s'y faire maintenant. Avant, parfois, par miracle si elles résistaient encore, que vienne le tour de ceux de nos cadets.