La cible, ce sera bien n'importe quoi. Un arbre plus large que les autres. Une botte de paille, une souche. Une bouteille vide. Une vieille pancarte qui n'en peut déjà plus. Voire rien, parce que l'important n'est pas tant d'atteindre une cible que de tenter. Et puis cela ne dure pas. Quelques explications, le père charge le fusil, se met juste derrière nous. Il soutient l'arme le temps que l'on prenne mesure de son poids. Puis une fois tout vérifié, nous laisse les commandes. On pose l'index sur la détente. On sent le lourd partout. On tente de viser. On ne voit rien du tout. Lorsqu'il pose sa main sur notre épaule d'une seul coup trop frêle, on comprend le signal. Le coup part d'un seul clic. C'est prendre un coup de poing venu inattendu. Ou pas aussi violent, pas tellement brutal. Sec plus qu'un sarment. C'est se retrouver sourd aussi, quelques minutes, tellement tout cela fait du bruit. Longtemps. Dans un écho qui traverse plusieurs fois toute la vallée, et rebondit. Se cogne partout. Revient. Repart. Alertant aux passages les gens dans le village, qui savent bien ce qu'il se passe là d'où viennent les tirs. Puisque chaque homme ici a reçu le même apprentissage à l'odeur de poudre.