De temps à autre, il lui fallait chasser. Il posait des collets, ou bien des lignes dans les torrents, ou les étangs plus sages, plus bas, légèrement endormis. Ses armes tenaient dans quelques fils de cuivre noués en étrangleurs, ou en brins de nylon d'une simplicité totale dont il avait trouvé rouleaux dans la maison. Ici aussi, les efforts devenaient inutiles. Il suffisait de préparer les pièges, de garnir un hameçon des vers qu'il récoltait dans la boue molle. Il suffisait d'attendre. Le plus souvent, il ne prenait même pas cette peine, se contentant de revenir le jour suivant visiter ce qu'il avait semé de potentielles morts. Les proies étaient presque toujours au rendez-vous.

Certaines vivaient encore, qu'il achevait d'un bref coup de talon. D'un simple bâton dont c'était la seule tâche. Il n'aurait su dire exactement ce qu'étaient les bêtes capturées. De quel ordre elles venaient. Certaines lui étaient familières, qu'il avait vues avant. D'autres semblaient nées de nulle part, lui jetant au visage leur inconnu. Il n'osait décider si c'était lié à son ignorance crasse, ou à un jeu que jouait maintenant la nature tout autour totalement libérée. Et adjuvée largement d'on ne savait quoi. Des liquides invisibles, des ondes, de grandes secousses telluriques brassant le ventre de la planète pour en faire sortir des chimères affolantes.