Extrait de la note d'intention
"Des Étés Camembert" — un scénario
inspiré par le récit éponyme.

 

"Ce que je veux montrer ici, c'est qu'un humain peut devenir un simple rouage, jetable, dans une machine que personne ne semble vraiment contrôler. Un rouage qui, très vite, porte inscrit directement dans sa chair des stigmates parfois indélébiles. Un rouage qui, enfin, n'a nul échappatoire.

Englués dans leur quotidien, dans des routines de travail devenues des habitudes de vie finissant par restreindre leur horizon, les hommes et les femmes croisés là, dans cette odeur légèrement aigre de lait caillé, semblaient pris au piège des hasards de vie les ayant amenés entre ces murs très propres en apparence.

Pour moi, un peu par hasard, un peu par ténacité, beaucoup sans doute par chance, les quittant, les laissant dans "leur" monde, j'ai poursuivi mes études pour construire un parcours professionnel auquel rien, strictement rien, ne me destinait. Mais on n'oublie jamais, vraiment, d'où l'on est venu. En ce qui me concerne, je pense souvent à ces quelques personnes déjà abîmées croisées au milieu d'immenses salles carrelées.

De fait, ce scénario est un salut, un signe très amical que je leur passe à presque trente-cinq années de distance. Et que, aussi, je me fais à moi-même, là-bas, dans le temps, suant à grosses gouttes derrière mon chariot lourd d'inox, empêtré dans des bottes blanches qui n'avaient rien de chevaleresques."