Au bout, la rivière s'enfuit. Les maisons imitent des cubes. On dirait un jouet que quelque rageux a jeté par là avant de s'en aller au fil de l'eau. Ou un chapelet, ses graines, avec les petites demeures, presque des chaumières qui vont plus loin faire un hameau tout allongé contre la rive.

Le mur est tombé de longtemps. L'olivier a les pieds dans l'eau. Il mange la sauce du limon. Il n'aime pas ça. On le devine. L'onde qui l'entoure est grise mais c'est peut-être le ciel.

Ici, la petite cabane est effondrée. Enfin, pas totalement. C'est par son toit qu'elle tombe et on voit à travers les ardoises pousser un peu de sa charpente qui devait tenir là bien avant tout cela.

Un peu après il y a les ruches, leurs couleurs vives qui crèvent l'horizon. En cette saison, aucune abeille ne vrombit. Ce pourrait être un cimetière. C'est un pré gorgé de la rivière proche débordant de la gauche, des ruisselets qui descendent la colline à la main droite.

Un chien cherche son maître. Deux cavaliers fuient un orage qui n'arrivera jamais. Avec le martèlement des sabots qu'ils assènent, leurs chevaux bousculent quelques secondes le grondement de l'écume forte, puis tout redevient comme avant. 

Passé les deux barrières fermant vainement un chemin qui les contourne déjà, on voit devant le loin. Il se pose là tel une certitude qu'il n'est plus. Il jette devant un damier de prés au drapé presque modeste, tendu, foulé par des troupeaux tachetés. Des bêtes énormes descendent vers l'onde ronde. Elles boivent. Elles regardent dessous ce qu'elles sont seules à voir. Quand elles remontent, leurs sabots plongent dans la terre mâchée jusqu'à plus soif.