Étangs

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(...) La technique était simple, consistant à remonter la trace de la source à larges coups de pelles mécaniques jusqu'à s'éloigner du premier point de percement d'au moins cinquante mètres pour ouvrir là une sorte d'étang qui, temporaire, aidé par l'été et sa sécheresse venant toujours avec, ferait tampon en absorbant l'eau qui sourdait, en asséchant à son amont le filet mince mais large assez pour empêcher le labeur des équipes, le rendre parfois même dangereux.

C'était cela que nous avions trouvé dans le maelström des buttes dans notre jeu d'alors, suivre l'avancée du creusement à la faveur de l'arrêt du chantier, c'était en août, les traditions se respectaient, les machines s'arrêtaient faute d'ouvriers et tout demeurait là dans un abandon comme de canicule, la masse d'acier des machines arrêtées chauffant lentement du matin jusqu'au soir et rendant cette chaleur accumulée la nuit au point que toute la zone était presque une étuve vingt-quatre heures sur vingt-quatre, c'était là la découverte, un étang creusé de main d'hommes ou plus précisément de mâchoires métalliques, dont l'eau glacé était de source. (...)

(...) tellement qu'une fois plongés dedans habillés seulement encore de nos slips conservés par acquis de conscience, reste de pudeur aussi certainement même si personne ne pouvait plus nous voir, nous étions descendus le long du cratère que faisait la terre glaise montée en murs raides nous protégeant donc de regards qu'il n'y avait d'ailleurs pas, autour les champs ras étaient vides, bousculés seulement d'une vapeur, cette haleine de l'été, c'est comme si nous avions flotté au beau milieu du vide, claquant des dents — quand je parle d'une eau glacée, elle l'était incroyablement et pas seulement par contraste avec le lourd manteau jaune que peut être cette saison là-bas, dans la vallée d'où je suis né. (...)

(...) personne pour y aller nager ou alors, dans des temps immémoriaux, on nous racontait ces histoire d'un qui plongeait alors mais avec en tour de taille une corde que les autres dessus la rive, la digue restés, tenaient pour le tirer à terre quand il remontait des tréfonds, il ne savait pas nager, personne en ces temps-là pour savoir, c'est sur la terre qu'on vivait et pas dans l'eau, cet élément laissé sans nul regret aux canards, aux poissons, aux marins qui là-bas, tellement loin qu'on se disait que c'était une légende, partaient affronter des tempêtes, des vagues hautes plus que les maisons serrées le long des routes droites, le clocher de l'église (...)

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