Usine d'étés #6

Onglets principaux

Après pendant que nous tournons sulkys en rond prendre le plein pousser le plein prendre le vide ranger le vide c'est sur la suite la chaîne qui va et les moules qui viennent d'avaler ce qui est sorti des bidons avançant tranquillement ils sont percés et d'eux jaillissent par mille trous de petits flots de petit-lait le caillé reste dedans le petit-lait lactosérum s'écoule dans le collecteur dessous s'enfile je ne sais pas où depuis les tuyaux sous la chaîne ça doit se déverser stocker quelque part et puis dessus il y a les mains des humains de la chaîne qui font glisser tout le surplus pour bien remplir chacune des alvéoles du moule c'est un lissage un remplissage ils tiennent en main une sorte de spatule ça dure une trentaine de mètres quand les moules sortent de cette zone-là ils ont une surface plane et ne bouge plus que le liquide qui dégoutte le gros est presque déjà coulé nous des sulkys on les regarde en se disant que c'est la planque parfois ça gueule parce que le gars qui fait le plein des bidons derrière nous a mal dosé son truc les moules ne sont pas pleins alors ils transvasent comme ils peuvent de grosses poignées de ce petit caillé pour compléter le moule d'avant celui d'après des fois aussi ils se foutent de nous l'un d'entre nous nous sommes trois ou deux si le troisième a disparu est en pause s'est sauvé c'est arrivé des gars ne revenaient pas vient de taper le bidon à la charge la moitié est au sol et le mec serre les dents puisqu'il s'est pris la barre du sulky en plein le ventre ou même les couilles je le sais bien j'ai eu mon tour plus d'une fois tu marches moins vite quand ça t'arrives et c'est une rage que n'arrangent pas les hurlements des moqueries d'un abruti dessus la chaîne il a bien vu que tu es blanc de la douleur et ça l'amuse entre ces murs j'ai vite compris qu'il fallait parfois se trouver un plus miséreux que soi pour supporter la sienne.

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