Terreurs #2

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Tout se mélange toujours et creuser là-dedans ne m'emmène pas loin : même si c'est maintenant des pierres de l'Histoire dont je peux retrouver rapidement les documents, ce temps passé m'échappe, est une sorte de sable, est même son propre sable, qui résiste à ma quête, devient plus complexe et touffu à chaque pas tenté dans lui, dans le taillis qu'il est. Je n'avance pas plus loin. Je m'appuie sur moi-même, sur ce qu'il reste de ça dans ce qu'il reste du temps dans les quelques centimètres cubes de l'os dur que fait mon crâne encore et même si je l'ai fendu en tombant d'un mur bas quand j'avais juste trois ans, je reste devant cette mare et j'attends que remontent les poissons des tréfonds, et voilà le premier furtif et gros et lourd, des gendarmes partout fouillant chaque maison, et chaque grange aussi, et le cimetière de même, et les bois alentours, les ruines que l'on sait tous être là-bas moussues souvenir d'on ne sait quoi, cela importe peu, les gendarmes fouillent partout et interrogent tout le monde, on a trouvé là-bas de l'autre côté de la frontière proche une carte, et le village dessus, et un cercle tout autour, alors ceux qui les traquent se disent que peut-être là, il y a quelque chose, ils ne trouveront rien, ou alors je ne sais pas, je resterais longtemps à me demander ce qui aurait été caché dans le cimetière, et où, dans quelle tombe, et à m'imaginer, la nuit, des ombres se faufilant entre les pierres levées pour enterrer armes, argent, propagande, dans un recoin, et repartir sans que personne ni rien ne les voit disparaître, je m'imagine cela encore souvent, leur nom était sur toutes les lèvres en ces jours-là, il sonnait bien, ils étaient la bande à Baader, un beau nom de roman, de cape et puis d'épées, un nom comme de légende, pourtant le seul fait de l'évoquer faisait frissonner tout le monde, c'était cela un peu l'intéressant.