Fossile

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Daniel Bourrion enfant

Il n'y a évidemment aucun souvenir de ça, je n'ai en dedans moi nulle trace de ce moment excepté cette photographie et si trace il y a elle est enfouie tant loin profond dans l'humus tendre de ma mémoire qu'il y a longtemps que cet instant s'est écrasé tassé par tous ensuite venus dessus — je crois que c'est comme cela que se forment les fossiles, par un très lent recouvrement qui fige corps et os et plumes et laisse là sous couvert mou puis dur enfin ce qu'on était, homme esquissé que parfairont des milliers d'années de chemin, ou oiseau fou, ou animaux dont personne ne sait ce qu'ils furent et c'est tant mieux, rêver de ça, c'est bien aussi. En retournant le cliché long, d'un format un peu inhabituel pour nos jours, on voit en une seule ligne le prénom et puis un chiffre qui est décompte de mois et permet là de voir que la deuxième année n'était même pas révolue, il s'en fallait de dix, quand l'enfant a été saisi ainsi sans doute sans vraiment comprendre ce qu'il se passait le temps d'une pose au sommet de l'escalier qui lui n'a pas changé et monte toujours depuis la place vers la basse porte latérale droite de l'église qui est celle où l'on entre les jours habituels, ceux qui ne sont pas ceux des grandes cérémonies et participent à cette catégorie des mariages, enterrements, petites et grandes communions et autres importants moments liturgiques dont on ne sait plus rien, cela aussi est sorte de fossile.

Ce prénom au dos blanc de l'image, c'est le sien, on le lit sans surprise, on sait bien que l'image c'est la sienne, c'est ce qu'a dit la personne qui nous a remis le cliché et pour le coup, elle sait de quoi elle parle, les mères savent qui sont leurs enfants et donc on sait bien que celui qu'on regarde est celui qui regarde et pourtant rien ne va, rien ne colle vraiment, on ne se retrouve pas dans l'enfant, ni dans ses traits, ni dans ses yeux, et cela c'est mystère, c'est le dire qu'on commence, on verra où on va, lui ne bougera pas, debout tout blanc vêtu, mais pourquoi donc ce blanc, avec ces yeux si noirs ?

On ne saura jamais à quoi pense l'enfant dans son uniforme blanc aux chaussettes impeccablement remontées lui venant presque aux genoux, on ne saura pas ce qui se passe sous la mèche étrangement blonde coiffée parfaitement parce qu'un peigne est venu au dernier instant juste avant le déclic domestiquer quelque mèche qui aurait pu nuire à l'image tellement lisse qu'elle ne peut qu'être construite et posée, rien n'est là au hasard, le hasard vient ensuite, dans les années qui tombent entre soi et puis soi, on ne sait donc pas à quoi pense l'enfant et il ne doit rien en rester, tout est flou à cet âge et après c'est pareil tout est masse dans laquelle on défonce une route à grands coups de machettes, à larges phrases et puis mots mais avant, à cet âge, l'âge de rien, il n'y a rien, vraiment rien, notre langue n'est pas là ou encore pas rodée et même moins et l'enfant ne sait donc que lambeaux d'une langue qui boite et n'est même pas une langue et ce n'est même pas celle de celui qui vous parle et voilà déjà là une faille entre nous, lui debout dans son blanc sans paroles et puis moi là maintenant écrivant dans le noir, il regarde droit devant vers l'objectif et c'est dans l'oeil du temps qu'il regarde, il essaie de comprendre, pressent peut-être même que c'est lui qui bien plus tard reviendra lui parler mais cela il ne le peut savoir, c'est tellement insensé de parler et d'écrire, tellement inutile, cela ne vaut guère plus que le vol des oiseaux, on devine hirondelles, qui autour vont des toits jusqu'à l'église et de l'église jusqu'aux toits, l'enfant blanc ne voit rien, il regarde l'oeil du temps et se tient emprunté tellement droit qu'il est à la parade, c'est un petit soldat, c'est ce que je ne suis pas et pourtant suis toujours, un soldat face au temps.

On ne sait pas non plus qui a pris le cliché, qui derrière l'objectif se penche pour être à bonne hauteur ou presque bien qu'à examiner la chose, l'escalier permet d'être juste en face du modèle pour peu qu'on descende quelques marches, ne creusons pas plus loin, cela n'importe pas quand donc quelqu'un annonce à cet enfant qu'un petit oiseau va sortir et que l'enfant patiente et que bien sûr rien ne jaillit qu'un infime cliquetis, le doux bruit d'une mécanique parfaite qui pourrait bien causer les sourcils légèrement froncés, cette sorte de surprise qu'on peut lire dans le noir des yeux si l'on y prête attention : les photographes ne courent pas les rues alors, leurs machines sont encore de ces boîtiers assez imposants  et suffisamment coûteux pour qu'on les emballe dans des étuis de cuir marron ou noir bringuebalant au cou des oncles et des touristes et bien souvent ce sont les mêmes, il se peut même et c'est certainement le cas que ce soit la première occasion pour le bambin qu'on est de voir ça, cet oeil de verre sur soi posé et puis derrière le visage caché de son oncle, je pense à l'un d'eux juste là, ce pourrait être lui et si alors, il a posé ses lunettes sur son front pour saisir l'instant, être plus au près de son viseur, ce qui fait que l'enfant, que moi, j'ai devant moi penché et s'agitant un homme avec trois yeux de verre blanc faisant de plus d'étranges bruits, on serait surpris à bien moins, je dois donc l'être beaucoup, ce ne sera pas la dernière des surprises que me réserve le monde mais là, celle-là, a été figée pour toujours, on remercie le photographe mais si c'est l'oncle, si l'hypothèse est vérifiée, c'est bien trop tard, il est mort de longtemps.

Il ne sait pas encore, le petit soldat avec son garde-à-vous de pacotille sur la photo en noir et blanc et gris, qu'il sera grand et vrai soldat une poignée d'années après ce bref instant figé, on peut parler d'une poignée à l'échelle de l'infini mais peut-être que parler de vrai soldat est très exagéré, disons qu'il passera une belle entame d'année sous les drapeaux à faire ce qu'on y faisait là c'est à dire rien, c'est à dire attendre que fondent les jours et les semaines et puis les mois, c'est à dire éprouver dedans sa chair ce qu'est que de devenir un silencieux parfait rouage d'une machine humaine faite pour hacher la viande d'homme, seulement ça et puis rien d'autre, il ne sait pas cela le tout petit soldat fier comme c'est pas permis qui n'imagine pas non plus qu'il reviendra et bien longtemps après traîner dans la caserne où il s'agissait de jouer aux vrais soldats et que là, bien éloigné tout à la fois de l'enfant aux yeux noirs et du soldat juste pour rire des drapeaux, il retrouvera tout exactement pareil, le moindre arbre au même endroit, le même mur à décrépir doucement, la même cour à n'attendre plus rien et aucune parade et qu'il tournera quelques minutes, un peu sonné, empli d'un vertige délicat, à se demander si en fait le temps a avancé, il ne sait pas cela le tout petit bonhomme avec ses cheveux peignés parfaits et son col qui rebique, c'est peut-être le vent mais non, la mèche n'y tiendrait pas, on doit être en été puisque le short monté un peu trop haut atteste de la saison, sur les terres d'où je viens personne ne sort habillé de telle manière en plein hiver, il n'irait pas bien loin, et un enfant encore moins et je suis toujours là alors je suis une preuve, et c'est donc l'été, au plus un printemps finissant.

Tout cela ne nous avance guère et le petit bonhomme se demande bien quand cela terminera, quand il pourra tomber la pose et redonner ses doigts à un adulte et puis partir en sautillant pas très longtemps si c'est à l'église qu'on se rend, un plus quand même si l'on s'en va après la messe vers la maison qui est toute proche quand à l'échelle du bambin c'est presque le bout du monde puisque derrière il n'y a rien ou tellement qu'il ne peut même l'imaginer, il verra bien, et bien plus tard, ce qui compte là, c'est combien de temps il faudra attendre l'oiseau qui ne vient pas, c'est un mystère, il ne voit pas que c'est mensonge ou quasiment, il apprendra. En m'y penchant, examinant ses mains, la droite surtout qui ressemble tant, en des proportions différentes, à une dont j'ai l'exact souvenir sur un drap blanc et qui semble resurgir là presque comme si elle avait été rajoutée par quelque logiciel de retouche facétieux quand on sait plus simplement que c'est le temps qui fait sa boucle, je vois quelque chose frémir d'une filiation se glissant dans l'image et prenant telle forme si simple que j'en reste pantois et comme troublé me demandant aussi, dans l'immédiat, ce qu'il en était donc des mains des autres, de celles d'avant dans la lignée du tout petit bonhomme, et de ce que je pourrais voir si j'alignais, à supposer que je les trouve, les portraits et photos du père et du grand-père et de l'arrière-grand-père et de leurs mains, juste pour voir. Je n'en fais rien. Je n'ai pas ces images, je n'ai pas envie de les voir, le petit homme sait pourquoi, il ne dit rien mais ses yeux parlent qui fixent droit l'infini et si petit qu'il soit le jour de cette photo, si à peine né sur ses deux jambes un peu cagneuses, je devine qu'il sait et qu'il a tout compris mais qu'il oubliera vite, c'est tellement mieux, c'est plus facile, je le comprends pour tout vous dire mais depuis là je cherche à quoi il pense, cela aiderait quand même à tout comprendre, quand on y pense.

Si après la séance c'est dans la vieille maison qu'on va, je sais comment elle est, elle n'a presque pas changé si ce n'est sur son devant cet espace qui organise le battement avec le reste du monde, son souffle rauque, et qui a été modifié un peu, disons aménagé de manière plus moderne, depuis le temps où le tout petit homme allait partout de blanc vêtu (rien n'est moins sûr mais on peut bien l'imaginer, tout ceci n'est qu'histoires, je raconte comme je veux et tout ce que je veux). On y monte quelques marches qui devaient paraître immenses au bambin avec ses jambes à peine dégrossies jusqu'au jour où il parvint enfin à sauter de leur haut en bas, je m'en souviens très bien, il n'y en a que trois ou quatre, c'était un immense bond, je ne suis pas tombé et je garde encore intacte cette incroyable joie-là. Une fois le couloir pris, on entre dans la grande pièce, il y de très vieux meubles, ou des meubles récents qui ont l'air de vieux meubles, font comme s'ils en étaient, et ne sont que copies. Un vieillard est assis, il attend on ne voit quoi, sans doute la soupe à venir qui arrivera le soir, une soupe d'oignons rôtis avec un peu de beurre jaune, puis on allonge d'eau tiède, il ne mange que cela chaque soir que Dieu fait, il dit que c'est secret, qu'il ménage sa monture, cela ne marchera pas parce que si je compte bien, quand le cliché est pris, pour ce qui est du vieux, il ne lui reste même plus à vivre les cinq doigts de la main qu'on voit sur l'image et qui est la mienne et la sienne et celles de ses fils mais pas seulement, cela fait beaucoup d'hommes pour une si petite main et même pas cinq années pour lui, le vieux avec sa soupe et le verre rouge qui terminera dedans l'assiette, il paraît que c'était coutume courante, je ne l'ai jamais vue que là, et j'étais trop petit pour bien m'en souvenir, pourtant je m'en rappelle vraiment, tout ça est très étrange, ne nous arrêtons pas.

Le cadre n'est pas très large qui n'a pas été repris, la photo a exactement cette forme, c'est bien le petit homme qu'on visait, qu'on essayait de figer sur la crête du temps, on dirait bien que c'est réussi du moins pour lui, celui de ce passé parce que pour l'autre qu'il est devenu les choses ne s'arrangent pas, elles ne s'arrangent pour personne, c'est toujours ça qui nous consolera et puis en attendant il faut aller, revenir à ce mystère de quelques centimères carrés, se dire qu'on ne voit pas grand chose de l'arrière-plan, la rampe déjà évoquée, les murs dont on ne devine pas bien ici à quel point ils montent haut, ce sont ceux du clocher et si l'on reculait, si l'on pouvait prendre par l'épaule celui qui là mitraille avec ce que ça voulait dire alors, déclencher, faire ce mouvement rotatif du pouce pour avancer la pellicule, faire le point en manipulant les bagues de l'objectif, déclencher à nouveau, refaire tout ça jusqu'à atteindre le bout du plastique mou, et arrêter, on a les 24 poses, on s'arrête là pour les photos mais nous nous voulons le faire en arrière marcher, prendre tout le champ qu'il veut, arriver à cette route qui est en bas et reculer encore jusqu'à heurter du dos la grange qui ferme l'horizon, si l'on pouvait de là on verrait bien que la silhouette blanche maintenant depuis l'autre côté ne se distingue même pas, est juste une sorte de monticule, un vague amas de neige qu'écrasent les verticales et puis plus haut des lames de bois noir qui renvoient vers le sol les cris des cloches derrière et puis plus haut un toit pointu et puis enfin une girouette et puis son coq, après il n'y a rien qu'un ciel tout bleu, c'est tellement rare tout ce bleu, l'enfant quand il regarde en tombe presque sur les fesses, cela n'a pas changé.

Que l'on ne s'y trompe pas, que l'image ne mente pas dans ce qu'elle ne montre pas, l'enfant n'est pas tout seul, il y a auprès de lui au moins le photographe et puis sa mère sans doute et puis son père aussi, on peut l'imaginer, c'est dimanche ce jour-là, on dira que c'est ça, c'est le jour des familles et le jour de la messe et donc avec nous, le regardant poser, il y ce petit cercle très proche et d'autres personnes peut-être que l'on ne saura pas, on pourrait rechercher, on verra bien si on, il y a peut-être aussi la masse qui va entrer dedans l'église ensuite ou qui est déjà installée si le cliché a été pris à la dernière minute mais je n'en crois rien, il me semble inconcevable qu'on ait pris le risque d'être en retard aux prières pour une photographie impie et donc certainement hors cadre il y a aussi quelques badauds qui traînent après la dernière bénédiction et puis discutent et tous ces gens se sont gardés d'être sur le cliché, même pas une silhouette coupée dedans un coin, même pas un dos, cela donne cette solitude mais elle est fausse parce qu'il y a tous ces gens et puis aussi mais qui viendront ensuite et lui le petit homme blanc ne le sait pas, il y a tous les morts, ceux qui déjà le sont, ceux qui viendront et puis encore, en une sorte de foule qui surgira bien plus tard pour elle, avec les premières pages, les premiers livres, il y a l'armée des écrivains, cette étrange faune, ces fantômes qui sont spectres même vivants, même bien vivants, dévorés qu'ils sont par les mots, obnubilés de ça et qui alors, avec les premières lectures, sortiront droit debouts de leurs livres et sont toujours là et même maintenant à être insaisissables et à raconter leurs histoires, ces histoires auxquelles le bonhomme ne croira pas ou parfois un tout petit peu, suffisamment au moins pour que ceux-là lui rendent la vie juste supportable, envisageable, assez au moins pour qu'il essaie et cela suffira et je peux l'assurer ils sont juste là auprès de moi et je n'invente rien, le petit homme acquiesce et puis sourit de sa moitié, savoir cela le rassure légèrement, c'est toujours une peur de moins.

C'est l'âge de la période sans mémoire, c'est l'âge qui est avant ce moment où remontent nos plus vieux souvenirs et qui est une limite que l'on ne parvient pas à franchir, cette limite qui fait mur, me fait penser à l'autre dans l'Univers qu'essaient de franchir des hommes et des femmes que je vois manier des concepts et des chiffres échappant totalement au commun des mortels dont je suis, c'est ce que disent les livres, que nos souvenirs ne peuvent pas remonter avant mais je n'y crois pas, je crois qu'elles sont bien là, les images d'alors, d'avant le mur de l'oubli, je crois qu'elles sont simplement dans leur gangue, dans cet ambre que fait le temps qui a coulé et fondu puis cristallisé en devenant transparent et puis trouble à la fois, on se penche on devine, on ne voit rien dans le fond, on ne peut y toucher, cela casse si l'on touche si l'on gratte, on essaie ce qu'on peut, on construit grâce aux ombres quelques sortes d'hypothèses, c'était là, c'était lui, tout demeure imprécis, rien ne va, rien ne tient, c'est frustrant mais l'on sait que l'on garde dans sa main, dans sa tête, bien intacts, des éclats de ce temps que protège le temps, il vaut mieux pour l'instant ne rien faire, regarder, faire son deuil car par là il n'y a rien.

On est son propre spectre, c'est une guerre de tranchées, chacun de son côté posé enterré vif attentif à attendre que l'autre bouge mais rien ne bouge que les jours qui passent et là, dans cette histoire, ajoutée, cette particulière manière du combat qui fait que les combattants, les fosses où l'on patiente, ne sont pas immobiles mais s'éloignent les uns des autres, nous éloignent de nous en fait, nous éloignent de celui qu'on a été quand lui ne remue pas d'un pouce, campe sur ses positions, il fait de ça sa stratégie, sait tout à fait qu'il gagnera, ce n'est qu'une affaire de temps, il est déjà vainqueur puisque posé tel une borne qui n'en démordra pas, a réussi de fait à sortir du long flux mort, de l'histoire, est devenu un radeau, pourra maintenant supporter n'importe quel conte, le mien, un autre, peu importe, capable qu'il est devenu de rejoindre ces alignements d'images qu'on parcourt dans des maisons louées, dans leurs bibliothèques, sur leurs consoles sages le long des murs où d'autres, mais peut-être soi, on ne sait pas, nous regardent, nous sourient, servent de supports à ce qu'on invente, rêve, aime — ces visages qui pourraient nous faire perdre la tête, qui reviennent nous hanter quand on les a juste effleurés une minute en marchant entre des murs inconnus dans le silence de l'été, après tout, ce pourrait être nos vies, il suffirait de tellement peu.

De ce côté-ci du temps, les choses changent maintenant vite et tellement qu'à la simple manière de se tenir, à ce qu'on porte sur les images de vêtements, de cheveux, de tissus, il est facile pour celui qui regarde de repérer la décennie dont date le cliché qu'on examinerait. Là pourtant, dans le cas nous occupant, on pourrait être presque n'importe quand, du moins s'entend, évidemment, après l'invention de la photographie. Hors cela, et considérant que ladite invention peut être datée des années trente ou quarante du siècle qui a précédé celui d'avant maintenant, je suis frappé de voir que rien n'ancre vraiment cet évènement, le jour où le petit homme est entré dans une sorte d'éternité sans le vouloir, sans même le savoir, dans une tranche du siècle. Sa vêture, son apparence, ce rien qui est dans les visages, les traits, l'apparence, et les raccroche dans les siècles, ne disent en fait pas grand chose et si je ne savais pas à quelques mois près quand nous sommes réellement au jour de cette image, je pourrais tout autant prétendre que nous nous trouvons dans les heures de la génération d'avant celle du bonhomme et qu'au final là debout, c'est son père que l'on voit ou peut-être, si l'on veut, son grand-père, et ainsi, en arrière remonter. On dirait bien en fait qu'il s'est passé une chose entre là et maintenant dans la marche du monde et que le temps est devenu en quelque sorte repérable, saisissable, comme si on l'avait affublé de marques qui ne trompent pas, comme si soudain les strates qu'il faisait très discrètement, ces anneaux cachés dans les arbres, étaient devenues visibles, et complètement, dans une impudeur terrible, une frayeur pour vous dire, une chose dont on ne trouve pas les contours en essayant d'en parler et dont on ignorait tout à ce moment, à l'instant bref où d'un appui du doigt quelqu'un a cloué sur le mur cet enfançon depuis suspendu dans ses limbes.

Autour si je compte bien, si j'ancre bien l'image dans son terreau de temps, les années soixante-dix vont commencer, elles s'approchent doucement, l'été soixante-huit qui a ébouriffé tant de monde et fera pousser les cheveux le long de la décennie vient de se terminer à peine, je gage qu'il n'y a eu dans le village autour de l'église dont on distingue les pierres lourdes aucune barricade et que les informations finissant à la radio, au bas des pages du journal, on se regardait accoudé au comptoir en hochant la tête, en haussant les épaules, à se demander ce qu'il leur prenait donc à eux là-bas dans les grandes villes et à la capitale de faire n'importe quoi, de se battre comme des chiens avec les gardiens casqués et masqués dont confusément, on se sentait plus proche que de ces chevelus gavés de lectures qu'on ne ferait jamais. De ces années-là, les soixante-dix, le petit homme en blanc ne sait encore rien et quand elles se seront passées, il n'en aura que vagues souvenirs, elles seront tombées pour lui dans ce marécage où se perdent les premières années, les sensations, ce qu'on voit là sans en garder d'image, c'est triste de penser finalement que toutes ces heures auront coulé pour rien, n'auront été que les alluvions oubliés tout au fond de la mare, ceux justement que l'eau n'agite jamais, ceux qui cachent les fossiles, c'est triste mais c'est cela aussi qui permettra la suite, la fouille eau aux genoux, cette quête qui n'a pas réellement de nom mais est une part d'écrire, cette recherche dans laquelle on se cherche, et pas grand-chose d'autre, que soi debout dans le silence que prend le temps quand on l'arrête.

Or donc ces années-là, ces années de cheveux, de bruit et de fureur, ces années qui semblent maintenant folles tant on est devenu sage, ces années dont à les regarder d'ici on a envie de croire que tout y avait failli basculer mais dans quoi, on ne saurait le dire, on n'a pas idée, tout semblait possible à cet instant-là mais tout, personne ne sait ce que c'est réellement, le petit bonhomme blanc, le minuscule soldat, donc, n'en verra rien : il vit dans un autre monde, il vit dans son monde à lui qui est posé dans le monde autour du village qui est lui-même très loin de ça, de toute cette rage, qui semble ailleurs, qui est comme une vallée où rien n'arriverait venu de l'autre côté des monts ou alors seulement sous la forme d'échos étouffés, une vague rumeur et juste à peine, un grondement de temps à autre et quand on ouvre la fenêtre pour voir ce qui vient, ce n'est qu'un orage noir, rien qu'on ne connaisse déjà, on rentre seulement le linge, le tout petit garçon regarde la pluie qui vient et trébuche la poussière, il n'imagine même pas le rock et les manifs, il croit que tout est toujours identique et de tous temps, la même simple chanson, un pas et puis un autre, et pour lui qui marche à peine, ce n'est pas une mince affaire alors cela l'occupe bien, on l'imagine heureux jouant et puis jouant, peut-être que l'on se trompe, que des cauchemars l'éveillent, que ses yeux noirs la nuit restent longtemps ouverts, il a tout oublié maintenant qu'il se raconte, cela reste son mystère, chacun fait ce qu'il peut pour chercher sa réponse.

Sa langue ne lui est pas encore venue, ni celle qu'il perdra très vite et lui restera en-dedans morte quand même, une chose dure, une noix impossible à briser, ni l'autre qui ne sera jamais la sienne vraiment mais après tout nos langues nous restent toujours étrangères qui se contentent de se servir de nous pour s'en aller ailleurs et devenir toutes autres, il est debout dans son monde sans langue, ce monde flou sans mot aucun qui est avant la langue, qui ne laisse aucune trace, pas un fossile, dont il n'y a rien à dire, ressemblant qu'il est d'une plaine sur laquelle on serait perdu en pleine brume trébuchant, ne sachant où l'on va ni d'où l'on vient, où l'on est, perdu, vraiment, dans sa propre histoire, il est dans ce moment précis dont il ne peut rester que des images extérieures à nous, des souvenirs qui sont des objets plats et lourds dont on ne voulait pas et puis qu'on finira par transporter partout avec soi à mesure qu'approche l'horizon, il n'a rien pour parler, il est là juste debout, et debout ce qui reste c'est cet indicible mystère qu'il est à lui-même, à moi me demandant ce qui se passe dans la petite tête coiffée parfaitement pendant qu'il reste debout dans sa propre présence qui est tout ce qu'il a et lui suffit à dire tout ce qu'il veut quand moi maintenant là, bien autrement armé, je n'arrive même pas à tenir cette langue ensemble.

Une différence encore est dans nos corps, dans ce que l'on peut en voir, ce qu'on devine surtout qui s'est dedans passé, cette fonte, ce lent délabrement, l'infime travail de sape qui à chaque heure entre maintenant et là a fait son oeuvre qui n'est pas une grande oeuvre mais est destruction lente, patiente, têtue, un animal, une bête qui fouille et dérange tout en avançant son groin dans le sol meuble, y laisse ses traces, elles ne partiront pas même si l'on labourait dessus, je me souviens ici d'une visite à l'abbaye toute proche où l'on voyait sous le sol dégagé justement ça, des sillons venus tels de bien avant ce siècle et demeurés intacts et témoignants, ils étaient les griffures du temps. Quand je me place, moi le petit homme endimanché, étonné, devenu plus grand et qui commence doucement à se voûter mais c'est la loi de l'univers, devant un miroir, ce qui me frappe, ce sont les genoux, qui sont sans doute l'une des plus laides parties d'un corps et qui malgré ce qui précède, que je viens d'écrire sur la bête, sont demeurés les mêmes, un bricolage, une sorte d'échafaudage qui fait tenir comme il le peut le reste debout. Certes, il y a quelques cicatrices de plus, le petit homme, s'il sait clairement à peine marcher, n'a pas encore pris le temps de tomber en avant, de se faire les rotules, cela viendra, lui laissera ce que je porte de marques minuscules qui sont peut-être des inventions mais à part cela, l'ensemble est même, osseux, rugueux, on dirait des morceaux de bois mal assemblés, cela ne ferait pas la fierté du menuisier, on lui connaît de plus belles réalisations et c'est lui, aussi, qui assemble les cercueils — le bonhomme tout en blanc les verra vrais un jour, beaucoup plus tard, debout dans l'atelier, ou on lui racontera, il ne sait plus vraiment. Cette persistance des os qui changent sans se changer, cela dérange je ne sais quoi en moi, cela m'attriste, cela me dit qu'on reste toujours soi, je crois que c'est ça que raconte cette toute petite image, et le bambin, et puis ses genoux aussi bien entendu.

Les rites n'existent même pas encore, le monde, ses règles et ses lois d'habitude ne sont pas encore entrés dans l'horizon du petit homme aux genoux torves (ce n'est pas le bon mot, je le sais bien, mais il dit tout ou bien exactement ce que je voulais dire, c'est un vêtement qui n'est pas à la bonne taille ni à la bonne couleur et qui pourtant passé tombe comme il faut, c'est une drôle de surprise quand même, ça fera bien l'affaire, laissons cela comme ça), il ignore tout de cette chaîne qui est faite de chaînes et tient le monde dans l'état où il est en nous aidant à le supporter et à nous y tenir un peu, debout si on le peut, il vit dans un monde sans règles qui est un monde sans temps et un monde sans limites, il vit sans doute encore dans cette permanence du présent qui est le détachement que nous perdons ensuite, c'est une sorte de chute, tout était mieux avant. Après, plus tard, il viendra un jour où cet enfant parfaitement heureux, ou peut-être pas, je reste dans une expectative qui est sans doute une réponse, comprendra d'un seul coup qu'il n'y a que des règles, que des lois, et que la toute première est que le temps s'écoule et que rien ni personne n'y peut mais sauf peut-être ces étranges, ceux qui parlent et écrivent et déposent dans les mots de quoi bloquer tout ça, et de quoi l'inverser, le brusquer.

C'est quelques mois seulement ensuite que le petit homme à peine grandi tombera à la renverse. Littéralement. Monté sur un muret au-dessus duquel un grillage faisait un défi des plus convenables, il sera trahi par le fer du fil rouillé jusqu'à la moëlle qui cédant sous son tout petit poids le laissera tomber tout en arrière sur le béton en bas et tête la première, de quoi se fendre le crâne, ce qu'il fera vraiment puisque juste derrière la chute viendront des vomissements qui sont rarement de très bons signes. Une radiographie confirmera le diagnostic du médecin de famille, fracture du crâne, on s'en remet, je suis toujours là, mon crâne est ressoudé, et je ne sache pas d'en avoir des séquelles (que les moqueurs gardent leurs blagues, j'en souris moi tout seul, je me fais bien les mêmes). De ce moment précis, j'ai souvenirs précis, du grillage qui cède, de cet éblouissement très mat et du bruit que c'était, de heurter le sol dur ; des minutes juste après, lorsque pour tenter de me consoler, me sortir d'une anormale torpeur, on m'a amené voir les canards sur l'étang proche, canards qui n'ont pas réussi à me dérider, de ce que qu'on m'a raconté, que je veux bien croire, ne me souvenant que de les regarder flotter dans le soleil depuis les bras de celui qui n'est plus et qui a trouvé tant bizarre que je ne réagisse pas qu'il m'a porté chez le docteur, c'était sans doute la bonne décision ; du retour enfin, après une hospitalisation qui a duré plusieurs semaines durant lesquelles interdiction m'était faite de me lever, que j'ai respectée scrupuleusement — à son retour le petit homme savait encore à peine marcher, j'ai l'image terrible dans mon oeil, ma mémoire, de sa démarche étrange dans la cuisine, d'un qui serait revenu des morts, ce qui est très exactement le résumé de la situation même si la chute finalement n'en était pas vraiment la cause, une péripétie seulement, je laisse le soin entier à ceux qui lisent de rechercher pourquoi.

Les choses n'ont pas tant bougé : le village est resté même ou quasi, à l'exception notable de quelques minuscules ensembles de maisons arrivées ici ou là, peu fréquentés par les plus anciens qui ne s'y reconnaissent pas, et qui en étendent lentement l'emprise sur le ban, marquent la victoire du construit humain sur une nature autour quasiment entièrement domestiquée et puis maintenant recouverte par le lichen gris des habitations et des villes. Pour les êtres, les morts le sont qui ne gênent plus personne, eux qui ont trouvé moyen de rester tels qu'en l'état du dernier souvenir que l'on garde d'eux, tant qu'à faire vivants et toujours tels, ils ont cette chance paradoxale. Les autres, les vivants encore, ils changent, s'affaissent, se tordent au point qu'on dirait de vieilles vignes malades mais au final le dedans, la structure dedans, cette ossature qui n'est pas d'os, ne bouge quasiment pas, comme si quelque chose se maintenait quoi qu'il arrive qui est le noyau dur des hommes et de chacun, un noeud indestructible qui ne cesse d'être qu'avec celui, celle, autour monté, construite — on retrouve les morts dont le petit bonhomme fier ne sait encore rien, du moins, pas consciemment même si on subodore et que je sais que des ombres déjà sont là pour lui faire une cour partout l'accompagnant. 

Ce fossile est une digue. Cette photographie qu'on tourne et retourne dans ses doigts, au vrai, qu'on regarde sur un écran, ces images que nous avons tous, partout, stockées, rangées, oubliées, sont de petites digues que nous construisons pour contenir la grande marée du temps, qui ne servent à rien, ne résistent qu'un peu, sont des barrages contre l'océan, finissent par céder comme cela, sans prévenir, souvent, juste, quand nous revenons sur les lieux d'un cliché, revoyons ceux qui étaient avec nous sur le papier, que nous ne voyons plus, recroisons, ou voyons tous les jours, et dont nous oublions lentement à force de les voir qu'ils étaient différents, jusqu'au moment où cela cède, où la digue se fend et laisse passer d'un coup de tous parts les langues noires du temps, ces cendres qui sont sa bouche et viennent nous embrasser laissant dessus nos lèvres le goût amer et gris à quoi l'on reconnaît la mort. Nous pourrions nous lasser, pourrions abandonner la tâche absurde, nous pourrions juste laisser couler tout ça, ne rien faire, ne pas lutter mais nous sommes des enfants qui dans le fond pensent toujours qu'il suffit de recommencer, d'entasser suffisamment de sable, pour que les choses changent, que le charroi s'arrête enfin, et donc nous déplaçons la digue, en construisons une autre, et rien n'arrête le temps, qui s'alimente aussi de ça, nos entassements, nos petites digues, toutes ces images qui prouvent qu'il passe encore, lui font des fondations pour qu'il poursuive — à le combattre nous le faisons se dit le petit homme en blanc qui est sa propre digue et sait que l'eau le passe depuis ce matin-là.

On devait ne faire que partir de là, de l'image, l'utiliser comme point de départ, tourner autour et d'elle aller conter ce qui l'entoure, elle devait être le pivot de l'histoire qui devait parler des gens autour, des maisons, des champs, des sept d'un côté et de l'autre dont le nombre s'amenuise maintenant et la dernière c'est dans son vergers de pommiers qu'elle est passée comme ça d'un coup, avec le ciel encore bleu malgré la saison avancée dessus qu'on voit soudain couché sans trop comprendre et puis plus rien, une pomme encore au centre qui est un horizon rond rouge et puis plus rien, on devait raconter et par échos se raconter, c'est ainsi que fonctionnent les écrivains qui sont de cette sorte d'araignée douce et gentille au milieu de leurs textes mais cela ne marche pas, quelque chose résiste qui doit être le temps ou bien peut-être soi ou bien peut-être qui est tout juste le signal attendu depuis bien des années que l'on ne sait plus dire, écrire, ce qui clapote dedans — on serait maintenant une source tarie, juste un morceau de bois flottant dans toute cette eau, tout ça n'aurait servi qu'à ça, revenir à son propre fossile au moment même où ça s'arrête et boucler là sa boucle, on dirait le silence.

On pourrait s'être trompé, du début à la fin : quelqu'un aurait trouvé l'image dans ces paquets de vieux clichés fatigués sur lesquels on tombe immanquablement dans toute brocante qui se respecte, qui suit la codification de ces moments voués au partage des choses, on écrirait partage des morts que ce serait plus proche de ce qu'on ressent à chaque fois, on évite soigneusement de s'y retrouver, ça pue la mort entre ces rangs de vaste fatras mais là imaginons une main qui fouille dans un amas s'arrête repose et puis reprend son malaxage du hasard jusqu'au moment où c'est ce bambin-là qui apparaît retenant la main et l'attention regarde on dirait bien au dos il n'y a rien mais oui on dirait bien on glisse au vieux marchand deux ou trois sous on rentre il se faire tard l'heure de dîner on en discutera la prochaine fois on rit arrive un autre dimanche on honore l'invitation on montre à la maman l'étrange cadeau elle compare les bambins le sien jouant dans son carré et l'autre sur le papier debout il y a certes une ressemblance mais rien de plus elle le sait bien disons les mains peut-être les genoux c'est beaucoup dire un rien dans l'oeil on rit encore on griffonne pour s'amuser sur le dos cartonné le prénom du bambin du vrai le mien en somme on range le tout dans une boîte trop emplie déjà et on oublie tout ça le repas l'amusement les quelques lettres de crayon et des années plus tard on croit vraiment et moi avec que le cliché dessus c'est moi mais en fait non, c'est quelqu'un d'autre, imaginons, qui est-ce donc, on peut rêver, tout serait faux, quelle folle histoire, et quel doute.

Il s'en est fallu de peu que rien n'arrive puisque c'est le hasard qui a fait tout ça, les deux familles installées l'une en face de l'autre dont les enfants se connaissent tant qu'ils finissent par faire mariage, ce seront mon père et ma mère et après tout leurs frères et soeurs aussi se voyaient tous les jours et ne sont pas allés jusqu'à s'épouser ; le fait qu'ils ont traversé la guerre qui a rasé tout le village et aurait pu broyer les enfants qu'ils étaient encore mais les bombes sont tombées autour mais pas sur eux, ce n'est pourtant pas faute d'avoir arrosé les alentours ; la suite aussi, ces années où il me semble que l'on mourait d'un rien ou presque, on meurt toujours aujourd'hui mais avec retenue, de leur temps je crois bien que ça y allait à pleine charrette, ça se broyait dans les machines et les voitures dans une presque routine qui n'étonnait personne, on faisait masse d'enfants pour compenser, la vie était bien faite ; la guerre encore ensuite qui n'a toujours presque pas de nom et qui était dans le désert en haut de cette Afrique où sont partis les hommes et d'où mon père est revenu, il était tout intact à part peut-être qu'il n'en parla jamais vraiment mais c'est maintenant trop tard pour aller lui demander, ça restera un grand mystère, il en faut dans une vie se dit le petit homme qui est devenu un peu plus grand et regarde droit devant un rosier empli de tomates, on est au bord de mer, il n'aurait jamais imaginé être là un jour, il s'en faut tout le temps d'un rien que tout soit autrement, il n'y a sans doute rien de plus à conclure même si quand même, autant de mots pour ça, il faudrait plus souvent se taire.

C’est un brouet de fait, une sorte de mélasse que le temps produit de lui-même en s'enroulant, s'avalant, se digérant, et sur lequel surnagent, on ne comprend pas pourquoi, des moments qui font îles où l'on débarque toujours un peu par hasard, surpris d'être là, on ne pensait pas arriver comme cela à cet endroit et là voilà qu'on y pose le pied et puis qu'on pense, un parallèle, à ce plat lourd chaud plomb que faisaient les grands-mères de pommes de terre, d'eau, de farine, et qui mijoté des heures durant rendait un ragoût brun que pour manger il fallait écraser soigneusement à la fourchette et puis noyer de crème fraîche, le petit homme adorait ça, il a encore des siècles plus tard le poids de ça dedans son ventre, le goût de ce passé lui est encore aux lèvres cloué et les images sont toujours là même si personne ne peut les voir, il les transporte dans son silence, tout ce passé est invisible, les mots n'en disent rien même s'ils essaient, c'est le constat, à dire son temps on ne dit rien.

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