Une brève histoire de ma paranoïa

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(ou comment et pourquoi j'ai fait le Cantique de la paranoïa)

Le point de départ est simple, c'est une gare, c'est la gare d'A*, c'est ce panneau SNCF que tout voyageur croise dans toutes les gares depuis des années et moi de même, sans n'y avoir jamais prêté réellement attention, ce que je fais ce jour-là, je ne sais pourquoi, m'apercevant qu'il suffit de partir de cette série de pictogrammes et d'instructions policières que nous voyons sans plus la voir, et d'en exagérer légèrement la ligne directrice, les instructions qu'elle nous donne pour surveiller le monde, qu'il suffit de cela, donc, une pichenette, pour entrer dans un univers qui m'est alors totalement inconnu, du soupçon généralisé de tout, sur tout, et tout le temps.

La règle d'écriture arrive alors d'elle-même : partout maintenant, voir la possible menace, l'inventer au besoin, et voir où cela mène, et noter cela — l'exercice devient presque automatique, au point qu'assez rapidement, je prends conscience du fait que le soupçon avec lequel je joue finit par m'échapper et pourrait parfaitement devenir permanent, me contaminer, en bref, que la paranoïa inventée qui est celle de ce texte est autonome et dangereusement vivante.

Dans le même temps, les fragments du Cantique étant publiés sur Face Écran à mesure de leur écriture, je m'aperçois également que ces morceaux de textes, et le Cantique, envahissent l'espace visuel de Face Écran, au point qu'il arriva plusieurs fois que la page d'accueil du site soit entièrement tapissée de ces textes là contaminant aussi, visuellement cette fois, cet espace de moi qui est aussi mon atelier.

Je décide alors, pour ces raisons de vacillations et également parce que le texte finit par me peser au moment où j'ai le sentiment d'être arrivé à la limite de l'expérience, de mettre fin au Cantique, dont je rassemble les éléments épars pour qu'ils deviennent un ensemble clos — c'est cet ensemble, dont je ne suis pas persuadé qu'il ne donne pas naissance à d'autres pièces, qui est publié ce week-end chez Publie.net quand le Cantique toujours ouvert le demeure ici avec en plus, sur certains blocs, des mises en lecture (je vous laisse les trouver).

Qu'est-ce à dire ou plutôt, à quoi sert ce billet ? À dire mon trouble face à cette expérience d'écriture.

À dire aussi que je m'interroge depuis sur ce que le Cantique a révélé de moi et d'une possible paranoïa latente, qui pourrait être également celle qu'active ce texte chez tout lecteur, exactement comme le panneau évoqué plus haut, à la source du texte, le fait, pourrait le faire, de tout voyageur — on tirera soi-même les conséquences de ce constat.

À dire enfin, à la fin, que le Cantique de la paranoïa n'est qu'une fiction, du moins, je l'espère.

Commentaires

J'ai lu au fur et à mesure et je vais relire l'ensemble.

Il me semble qu'il y a un vrai enjeu d'écriture collective, là, comme souvent sur le web, et ce qui m'étonne c'est qu'on retombe finalement dans des formes d'écriture très individuelle, alors qu'on devrait davantage expérimenter collectivement à partir de tels "déclencheurs".

 

LM

Le déclenchement peut aussi se faire ailleurs, sur un autre site : ce serait alors du collectif décentralisé :)