Visages

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On avait des visages d'emprunt qu'on emportait partout roulés et à plusieurs très fins dans ces sortes de cylindres prévus pour se glisser dans toutes les poches, au creux des vestes, au creux de mains. Lorsque le besoin s'en faisait sentir, que la conversation languissait ou devenait insupportable, que la fatigue commençait à déliter nos traits, que simplement on voulait être autre, il suffisait de choisir dans le lot qu'on avait sur soi de quoi se changer, il suffisait de se détourner, d'enlever d'un geste vif le visage en cours, de passer l'autre — dès l'enfance, cette petite opération était si courante que les plus jeunes souvent la pratiquaient bien avant de parler.