Fer

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... d'un monde disparu, lambeaux laissés derrière par un temps effondré, écroulé sur lui-même, et dont on ne trouvait plus que traces vagues sur lesquelles on trébuchait comme cela, au détour d'une dune, à peine émergeant d'un sable qui avait entrepris de digérer avec la constance qui était la sienne ces ultimes témoignages (là c'était donc quelques traverses, un lourd morceau de voie et tout autour ces gravillons à parure de diamant et noir et lisse gardant encore la tête en dehors de la plage mais plus pour très longtemps, on le savait, ça ne pouvait durer cela, cette cicatrice d'acier face au grignotement qui grain à grain gagnait chaque jour et finirait par tout cacher pour accompagner certainement tous nos oublis).

... même si, l'espace entre chaque lé étant légèrement trop large, on s'apercevait rapidement de l'illusion qui sans cette petite faute technique aurait été parfaite (les voies, les quais déserts à cette heure, les annonces haut-parleurs qu'on croyait presque entendre énoncées par cette voix connue de tous, ces mouvements qu'on apercevait du coin de l'oeil, qui auraient été ceux de voyageurs se précipitant pour ne pas rater leur train, leur vie, les coups de sifflets, même, des contrôleurs de grise laine à peine rehaussée de ces brins rouges dont on se demandait toujours s'il s'agissait de quelque galon)

... qu'on finirait peut-être de manger le temps ainsi arrêt sur voie et pleine campagne à regarder dehors et loin des fermes abandonnées mais il se pouvait bien que non que derrière les rideaux d'un bleu passé des vieilles lasses soient à nous examiner stoppés dans l'élan lourd qui nous avait portés jusque là - on ne saurait pas le soir viendrait et nous nous fondrions dedans disparaissant en terminant enfin de toute course.