Fumerolles

A force de vie dans ces cellules où nous nous étions retirés, nous finissions par perdre l'usage de nos jambes et d'une bonne part de la langue, nos doigts seuls nous retenant encore au bord du monde par l'intermédiaire des fenêtres qu'elles ouvraient sur lui. Pour ce qui était du langage, et de morceaux entiers de son épaisseur que nous n'utilisions plus, nous avions trouvé moyen de conserver, quand même, quelques saines habitudes qui pouvaient, du moins nous l'espérions, contrer ce lent processus d'oubli dont nous pensions tous qu'il nous conduirait un jour à ne même plus pouvoir aligner une phrase des plus simples.

Le dispositif était assez minimaliste : nous avions recopié tous les mots connus sur de petites bandes de papier patiemment découpées que nous entassions à mesure dans les énormes amphores vides trouvées ici en arrivant. Une fois cette opération préalable, étalée à elle seule sur plusieurs années, effectuée, il nous suffisait tous les matins de plonger nos mains dans ces masses molles et de choisir au hasard un terme dont il s'agissait de s'occuper toute la journée.

Cette fois-là, alors que l'aube se dégourdissait à peine, le mot qui nous appela se révéla être 'Fumerolles', ce qui nous laisse, aujourd'hui encore, perplexes.

Commentaires

Beau texte d'une nostalgie fantastique assez inquiétante. Fumerolles évoque en plus pas mal de choses pour celui qui a vécu des années à coté d'un volcan...