Grises (3)

... du temps que les maisons étaient grises* perles alignées le long de la route tranchant le village en deux parts quasi égales et presque comme en miroir - on avait chaque fois cette impression que chaque masure avait son pendant de l'autre côté (mêmes murs décrépis, mêmes fenêtres aux volets dégondés que le vent s'engouffrant terminait de hacher, mêmes rideaux lacérés de poussières, mêmes silences attablés derrière les façades sur lesquelles on pouvait compter les impacts laissés par les combats, les éclats d'obus dont la pluie avait cessé un beau matin comme cela, sans prévenir, mais sans que cela fasse revenir les habitants dont plus grand chose finalement n'attestait l'existence et puis la fuite - des ombres peut-être qui laissaient deviner).

* Julien Gracq, Lettrines 2
merci à