s'en arracher / Arnaud Maïsetti

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Les soleils dans le dos — et sur le sol, tout le ravage d’une vie qu’on piétine parce qu’elle ne suffit pas. C’était cela, au départ, l’idée.

À droite, les villes — tissu continu de toits qui n’abritent que du ciel et jamais les peines les plus lourdes. Et à gauche, la mer telle qu’on la pressent dans les derniers virages lorsqu’on joue à celui qui la verra le premier (et on pousse des cris dès qu’on aperçoit un bosquet plus secoué que d’autres par le vent).

Dispersion de tout cela (des toits comme du désir d'ailleurs) — ce qu'il faudra, maintenant, c'est se présenter sans abri à la douleur, et sans d'autre désir que de s'y submerger : sans mémoire et sans identité, juste son corps pour donner le change, et sa langue pour arracher les visages.

Travailler l'arrachement.

On peut cracher dans la mer, de dépit ou de conquête, qu’importe : nos salives sont brassées en marée qui s’écoulent, drainent selon des lois plus exactes que l’horloge le temps bougé du réel. Quand je gravis une année, que je hisse mon corps au-dessus des trois cent soixante cinq jours (et quelques), ce que je vois de là où je suis est toute une vie traversée en marée — avalé par le flux des souvenirs qui poussent le sable et fabrique de la terre, il y a tout le reflux des actes manqués qui s’éloignent et que j’ai déjà oubliés. Non, ça ne suffit pas : ça ne suffit plus. Et un crachat de plus aux jours passés.

Alors, l’idée : dessiner sur chaque sol mon ombre. Prendre la terre pour de la glaise et y poser non pas l’empreinte, non pas la trace, mais le poids infime de mon ombre. La douleur de mon ombre. La persistance de son ombre, à elle. Et quand elle est bien là, installée sur le sol, qu’elle ne s’y attend pas, la piétiner pour s’en arracher.

Redécomposition du réel : à droite, la vie telle qu’en rêve elle disparaît quand je la regarde sur les visages des gens (prochain exercice pour l’année qui vient : dans le rêve, s’arrêter d’aller au hasard des rencontres, et se mettre à la recherche d’un miroir). À gauche, les villes dessinées grossièrement comme des creux de pas dans le sable. Derrière, la mer qui respire à ma mesure. Et lentement, en face, le soleil, aveugle.

Commentaires

Les parenthèses, c'est la ponctuation que je préfère.

Je commente votre texte ici parce que je n'ai pas su trouver la fonction "commentaires" chez votre Vase-communiqué.
Je voulais dire qu'il m'a plu et ajouter : "quand je pense qu'on me casse les couettes parce que je ne mets pas assez de virgules dans mes nouvelles !"

@AdS : écrire, c'est aussi faire ce qu'on veut avec les mots et la ponctuation... Jetez vos virgules ;-)

@Anna : j'aime la définition que donne Littré de la parenthèse : "Phrase formant un sens distinct, séparé du sens de la période où elle est insérée."
(pour la virgule, il est tout aussi inspiré : "Petit signe de ponctuation (,) qui indique la moindre de toutes les pauses.")

(ps. : pour déposer un commentaire dans mes "carnets", il suffit de cliquer sur "réactions et prolongations" (sous l'article : http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article219) - me semblait bien que ma chose n'était pas assez claire : vais essayer de rendre ça plus visible...)

l'un des deux échanges qui ont effacé ma conscience de l'orage, et m'ont donné la conscience de la présomption que nous, beaucoup trop, avons en mettant des mots en textes

cette phrase, ah la la "On peut cracher dans la mer, de dépit ou de conquête, qu’importe : nos salives sont brassées en marée qui s’écoulent, drainent selon des lois plus exactes que l’horloge le temps bougé du réel "...

et d'autres phrases bien sûr, est-ce que c'est très gênant si je mets juste ah la la comme commentaire...? parce que vraiment.

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