TGV


22
Oct 09

Immobiles (20)

Aujourd’hui, je suis entré dans une gare pour n’en partir pas. Aujourd’hui, je me suis assis pour regarder passer marcher courir traîner tous ceux qui vont qui viennent qui ne sont que bagages qui n’ont nulle valise que leurs deux mains dans leurs deux poches tous ceux qui pleurent qui rient dessus les quais dedans les trains tous ceux qui voyagent et puis les mobiles et puis les immobiles et ceux qui sont en troupe et ceux qui sont leur propre troupe et ceux d’avance et ceux déjà en retard ayant déjà ratés le départ qu’ils viennent chercher ayant déjà ratés tous leurs départs peut-être et tous ceux qui savent vers où ils vont et puis tous ceux qui n’en savent mais alors rien et à chacun très attentif j’ai décidé de m’en aller aussi, mais en-dedans. Aujourd’hui, je suis entré dans une gare pour n’en repartir pas.

photo042


11
Sep 09

Gare

Gare et puis nous à nous croiser quoi nous filer entre les pattes entre les voies à même pas nous regarder à même pas comprendre savoir deviner où nous allons filons et puis pourquoi surtout pourquoi dans les aiguillages de néons de bruits de voix sous les ombres factices d’arbres factices ou morts ou quoi plongeant leurs racines dans quoi nos vies nos ombres les gouffres de nos âmes alors vivant de quoi comment gare et nos vertiges le battement de nous comme flux jaillissements et venus d’où de campagnes oubliées de terres qui n’ont même plus de noms et comme nous finalement qui engrenons mais presque à vide presque mécaniquement entre les quais de possibles départs et dépassons les immobiles voyageurs qui dorment là sans doute et puis meurent là et nous et gare à nous qui passons là et ne voulons même pas répondre même pas parler même pas nous demander ne sommes-nous que ça quoi égarés ?

Le texte tel qu’il s’écrit


13
May 09

(TG)V4 (série 4)

Et dans mon dos venait ma terre et dans ce silence épatant ce confort gris j’ai pensé aux mineurs de fond à mon grand-père jamais connu à la descente quand tous ces hommes se prenaient par l’épaule pour sans doute se rassurer mais aucun non aucun n’aurait avoué ça dans le bruit des cages métalliques et le noir de la houille et la poussière partout qui faisait qu’on pouvait même des années après les reconnaître parce que leurs yeux étaient bordés de noir leurs regards noirs leurs regards bleus leurs regards tous bordés de noir comme si vraiment c’était la nuit et puis la terre et puis tout ça qu’ils avaient mis aux lèvres de leurs yeux.

Angers/Lorraine

12
May 09

(TG)V3 (série 4)

Et dans mon dos venait ma terre et moi reculant presque d’ivresse regardant par la vitre l’épaisse vitre les nuages qui couraient essayaient de gagner du temps du terrain contre nous mais je savais que leur peine était bien perdue mais pas la mienne mais pas la mienne en face de moi la fille portait des bottes je ne voyais d’elle que ça des bottes noires luisantes et son parfum qui me laissait imaginer je ne sais quoi une rumeur un devisement tout est possible à ce moment et cette enfant dans le couloir passant aurait pu être ma fille je me suis enfoncé dans le moelleux du siège là c’était un cocon il n’y avait plus grand chose à faire qu’attendre attendre que vienne à moi ce que j’étais avait été.

Angers/Lorraine

11
May 09

(TG)V2 (série 4)

Et dans mon dos venait ma terre et toute la plaine soudain figée et demeurant pareille pendant de longues minutes il n’y a plus eu que des coteaux très peu marqués et puis partout des vignes des vignes à perte de vue à perte de rêves quelque chose comme toutes mes ivresses passées et à venir poussées bien alignées sur les revers de la vallée et là-dedans blancs et poudreux quelques chemins des cicatrices des cheminements j’aurais voulu aller marcher là-bas me perdre dans le paysage y être un peu de gris un peu de bleu et puis plus rien que quelques pas vite effacés quelques traces soufflées par le vent du printemps.

Angers/Lorraine

10
May 09

(TG)V1 (série 4)

Et dans mon dos venait ma terre j’étais à contre-sens à contre-marche belle métaphore vraiment rentrer chez soi à reculons mais où avais-je encore quelque chose comme “chez moi” quelque endroit où aller quelque part où aller le paysage redevenait celui de mon enfance enfin redevenait tel que celui de mes souvenirs je n’ai jamais réussi à démêler le vrai du faux de ma mémoire et très souvent tout cela me semble n’être qu’un rêve une mémoire toute inventée quelques clichés que l’on retrouve dans tout roman qui se respecte mais quoi en vrai quelle réalité je ne sais pas à reculons j’allais ainsi comme revenant à ma propre mon intime source au risque mais il fallait le prendre que la source soit asséchée.

Angers/Lorraine

29
Apr 09

(TG)V4 série 3

Au loin c’était encore une promesse de soleil pour échapper aux passagers aux voix aux bavardages aux plaintes j’ai mis bouchons à mes oreilles et lentement le babillage du monde s’est estompé jusqu’au silence au calme enfin j’étais à présent seul comme dans une maison aux volets clos en plein été je marchais là entre mes murs rien ne bougeait enfin plus un seul bruit j’ai fait toutes les pièces l’une après l’autre juste pour voir juste au cas mais rien heureusement plus rien non plus personne et rassuré j’ai pris quelque chose pour m’asseoir m’asseoir en moi au beau milieu de moi dans la plus grande des pièces et la plus vite donc et là tranquille j’ai attendu en regardant ce que la belle lumière avait à dire en s’ébrouant dans sa présence rassurante sa muette douceur.

(Très Grande) Variation 4
Angers/Paris

28
Apr 09

(TG)V3 série 3

Au loin c’était encore une promesse de soleil c’était bien ça juste une promesse je ne bougeais quasiment plus encore mes doigts à essayer de dire mais quoi et à parler à qui dedans tout était immobile l’on aurait pu être rassuré mais moi qui devinais je sentais bien que la structure bougeait qu’elle fléchissait que quelque part des étais commençaient à craquer à grincer cela m’a fait penser aux vieilles mines que l’on voyait enfant dans des westerns sans intérêt aux vieilles mines de bois toutes étayées aux parois d’humide facture et là-dedans il y avait toujours le moment où le héros était enseveli par le soudain effondrement l’écroulement de tout et sans prévenir enfin si il y avait bien eu nombre de signes des craquements la terre qui alertait mais personne pour s’enfuir sortir de là et puis soudain… il m’est revenu que mon grand-père cet inconnu celui mort avant moi avait été mineur était-ce cela qui chuchotait ?

(Très Grande) Variation 3
Angers/Paris

22
Apr 09

(TG)V2 série 3

Au loin c’était encore une promesse de soleil la plaine n’avait même fini son dépliage elle demeurait comme cachée à nous cachée à tout peut-être ce voile qui demeurait dans les vallons dans les sous-bois accroché aux branches basses aux herbes hautes traversant ça nous devions être à pleine vitesse et mon ennui aussi glissait à toute allure 300 km/heure pour s’ennuyer était-ce bien la peine d’aller si vite là-bas rien ne changerait rien n’aurait bougé d’un seul pouce chaque chose à la même place et nous dedans tous dedans à regarder passer nos vies passer les trains c’était la même histoire j’ai regardé longtemps le vieil homme juste en face de moi ses yeux fermés ses lèvres bougeaient je n’ai pas pu faire autrement que de sentir qu’il priait mais qui mais quoi et que demandait-il lorsque ses yeux se sont ouverts j’ai vu qu’il était déjà mort.

(Très Grande) Variation 2
Angers/Paris

20
Apr 09

(TG)V1 série 3

Au loin c’était encore une promesse de soleil ça pouvait ne durer pas plus que ça dans les trains du matin toujours la même histoire de costumes de gens rasés de près rasés de frais briqués lustrés bien repassés aux cravates sombres toujours sombres et puis quoi ces cravates allaient-ils tous se pendre dans la journée ça déballait des milliers de feuillets de feuilles de calcul de colonnes de chiffres organigrammes plannings tout ça pourquoi tous les regards étaient vides de tout j’étais toujours fasciné par leurs chaussures leurs chausses c’était toujours ce mot-là qui me venait à regarder comment ils exhibaient ce qui aurait dû être des semelles de vent et qui n’était que cuirs brillants impeccables oui toujours impeccables trop impeccables arthur devait s’en retourner dedans sa tombe et puis en fait quoi il devait bien s’en foutre mort pour de bon et avec lui les rêves les mots nos 17 ans.

(Très Grande) Variation 1
Angers/Paris

14
Apr 09

TGV(4) Série 2

Scrutant la voie celle d’en face celle du retour et puis derrière en arrière-plan toutes ces maisons toutes les mêmes toutes différentes combien de vies là entassées là déroulées combien de rires combien d’assiettes à préparer de tablées à remplir à desservir combien de jours avant de voir le jour se lever toute la plaine se découpait pouvait se lire plus qu’un puzzle fou et les limites les bords des champs les bords des prés c’était seulement ces saules courts ces trognards presque chevelus dans le printemps enfin revenu et par plaques passaient des vignes encore noires encore stériles le vin viendrait l’ivresse aussi et des chemins la fin enfin.

(TG)V4 : (Très Grande) Variation 4

6
Apr 09

TGV(3) Série 2

Scrutant la voie celle d’en face celle du retour qui ne serait donc pas et me disant cette fois est la bonne tu ne reviendras pas tu iras droit jusqu’au levant là-bas sans doute tout autre chose reste possible reprendre tes rêves les rênes de tes rêves et aller droit enfin tout droit depuis le train je regardais dans les jardins dans les maisons dans les salons de ces maisons je me souviens des magnolias qui juste là tachaient le monde d’éclats de rose de pétales brèves le paysage était à mesure inconnu nous devions être je ne sais où dans un rêve peut-être dans quelque contrée imaginée il se pouvait que tout cela ne soit qu’une fiction celle de moi longtemps retenue et puis soudain au jour venant pour de mon jour faire un spectacle et puis de moi enfin quelque chose ma propre histoire narrée à n’en finir pas.

(TG)V3 : (Très Grande) Variation 3

1
Apr 09

TGV(2) Série 2

Scrutant la voie celle d’en face celle du retour quels étaient donc les possibles finalement dans ce sens ou dans l’autre j’avais tout même encore à me prendre à m’emporter tel bagage encombrante valise se portant elle-même le wagon était vide ou presque nous aurions pu être n’importe où n’importe qui ce devait être ça le pire le fait que chacun chacune ici aurait pu être quelqu’un ou quelqu’un d’autre était peut-être quelqu’un ou quelqu’un d’autre le ciel dehors se dépêchait de courir à sa perte était linceul d’un gris très sale devant derrière ça bavardait de tout de rien et moi là-dedans me parlant à moi-même manière sans doute de trouver un écho d’entendre enfin tout autre chose qu’un silence bruissant fallait-il tout de même que j’ai grande peur pour me parler ainsi dans le noir du jour.

(TG)V2 : (Très Grande) Variation 2

30
Mar 09

(TG)V1 Série 2

Scrutant la voie celle d’en face celle du retour depuis le quai entre les pylônes les fentes du ciment goûtait je ne savais quoi qui laisserait peu à peu sur le sol traces innommables la rame est arrivée sans aucun bruit ou peut-être n’étais-je pas là en fait pas là debout au tout bord du quai me demandant mais où donc vais-je j’ai regardé autour de moi d’autres visages d’autres passagers combien ici se posaient la même question à quoi pouvais-je les reconnaître il y avait plusieurs sœurs plusieurs bonnes sœurs qui n’étaient qu’ombres quelle chance pourtant que d’être de la vie retiré quel soulagement ce devait être de ne plus penser de ne plus quoi s’interroger à moins qu’elles aussi se demandent comme moi où donc vais-je il y a eu une stridence l’acier couinait à force de freins et puis la bête s’est arrêtée sagement bien trop sagement le long de nous sa porte s’est entrouverte et peu à peu elle nous a avalé et moi le tout dernier le tout dernier.

(TG)V1 : (Très Grande) Variation 1

30
Jan 09

(TG)V4

Regardant défiler la nuit dehors c’était une vie rêvée comme tout sans doute ce pouvait être un film sans scénario dans mes oreilles le monde sifflait en me fuyant en se fuyant je crois que tout cela n’était que d’inutiles et tristes et incroyables solitudes sans aucun espoir de contact de paroles communes où étaient donc nos phrases partagées les voyageurs ont commencé à se lever aller venir mon dos n’était plus qu’un vague souvenir peut-être de toi peut-être est-ce toi dont la trace restait dessus ma peau il y a eu des quais et d’autres encore nulle part où descendre étions-nous tous clandestins dedans nos propres vies à chercher un écho quelqu’un qui dise moi je t’entends moi je t’entends des grappes de lueurs jetaient dans tout cela un chant à graines blanches il resterait de tout cela à l’aube une sensation l’indicible certitude que quelque chose aurait pu advenir sans doute mais rien, bien plutôt, rien.

(TG)V4 : (Très Grande) Variation 4


29
Jan 09

(TG)V3

Regardant défiler la nuit dehors c’était seulement rien et rien dedans non plus je regardais entre les deux fauteuils devant là devant moi les couvertures les magazines juste des visages vides m’examinant personne ne parlait chacun dans sa silencieuse et bruyante solitude de quoi donc avions-nous tous peur ici j’avais envie que vienne revienne l’innocence des enfants leurs rires mais plus personne ne ressemblait à un enfant j’avais envie que l’on me serre dedans des bras que quelque chose arrive enfin d’autre que ce voyage de creux tissé quelque chose d’autre que des corps immobiles dans leur mouvement perpétuel qu’était-ce donc que ce lieu sans doute une sorte de purgatoire voilà nous étions là pour expier d’imaginaires fautes il est passé un pont de temps et puis un autre des silhouettes fugitives glissaient dans la travée centrale quelqu’un bougeait et là plus rien que le souvenir d’une vie où la mer recommençait chaque jour le monde clos.

(TG)V3 : (Très Grande) Variation 3


27
Jan 09

(TG)V2

Regardant défiler la nuit dehors c’était un puits sans fond nous aurions pu être aussi bien dans le ventre de l’enfer lancés à tout jamais dans une fuite folle sans nul but sans espoir d’arriver je regardais les reflets pâles des visages dans les vitres froissées et rien et personne ne semblait avoir une quelconque réalité peut-être que tout cela n’était qu’un cauchemar de plus dans la longue suite d’insomnies qui me serrait les tempes il y a eu une gare et puis une autre ceux qui montaient et puis les descendants étaient les mêmes infiniment les mêmes j’ai eu un doute serai-je toujours pareil à moi à l’arrivée les mots venaient toujours plus vite mais à quoi bon parler encore puisque personne ne pouvait entendre cela ?

(TG)V2 : (Très Grande) Variation 2


26
Jan 09

(TG)V1

Regardant défiler la nuit dehors c’était un ruban sans limites de place en place une ville dégueulait de lumières de parkings vides de lampadaires et nulle humaine présence dans ce silence cette absence folle de nous au long de la rame endormie je regardais tous ces visages personne pour parler j’ai repensé à ce que chantait le vieil homme le vieux Léo “les hommes il conviendrait de ne les connaître que disponibles à certaines heures pâles de la nuit” et je me suis demandé qui d’autre ici pensait à lui à sa crinière à sa vieille figure fatiguée quelques tunnels coupaient le bruit d’une alternance sourde il y a eu quelques passants dans la travée centrale ce devait être le nom le nom technique j’ai souri à l’enfant aux boucles brunes qui jouait avec son ombre ses mains si minuscules que ça m’a comme serré le coeur m’ont fait encore un signe et puis encore un signe et puis plus rien dans le patient travail de sape du sommeil.

(TG)V1 : (Très Grande) Variation 1